je recherche le titre d’un livre publié je pense entre 3 et 6 ans en arrière, je crois d’un auteur d’Europe du nord : il s’agit d’un marin qui a été naufragé et qui ne sait plus qui il est, il est recueilli sur un autre bateau ou dans un hopital, soit il est aphasique soit il parle dans une langue que personne ne comprend, lui y compris. le roman raconte ses pensées, son monde intérieur très chaotique étant donné sa perte d’identité, et ses efforts pour trouver qui il est et comment atteindre les autres et s’en faire comprendre. merci d’avance de vos recherches .

Réponse apportée le 02/22/2007  par PARIS Bpi – Actualité, Art moderne, Art contemporain, Presse

Bonjour,

Pourrait-il s’agir de ce livre comme certains indices le laissent penser?
Nouvelle grammaire finnoise
Diego Marani
Traduit de l’italien
par Danièle Valin
Rivages
175 pages 16,95 e

En voici la critique parue dans le magazine littéraire : Le matricule des anges
http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=15929

Entre Trieste et Helsinki, l’Italien Diego Marani explore la douloureuse traversée d’un naufragé de la langue. Un roman audacieux sur les troubles de la fausse identité.

Au commencement était le verbe, paraît-il. Dans le roman de Diego Marani1, dès le début, on se heurte à l’oubli de soi et au silence. L’auteur enchâsse le livre dans un lieu et un temps troubles : le lieu est Trieste, impasse de l’Adriatique, ville lisière d’un empire déchu, carrefour de tant d’idiomes; le temps, 1943, est celui violent de la République fasciste de Salo’, de la guerre civile. Au milieu des décombres, un homme sans passé tente de reconquérir sa voix intime et sa langue. Sa blessure à la tête a été un coup de rabot définitif : son esprit , sa mémoire, son identité sont arasés par l’absence.
Le médecin qui le soigne pense l’identifier, grâce à « deux mots aux initiales en majuscule » brodées sur sa vareuse, un Finlandais comme lui. Sur la base de ce qui se révélera une fausse piste, commence alors un voyage pour échapper à la houille poisseuse de l’aphasie, à la recherche de la mémoire, sous la forme d’une éducation linguistique en finnois (sorte d’italien hyperboréen avec ses voyelles plantureuses) qui dérive doucement dans la construction d’une fausse identité. Le tout nous est narré par le biais d’une fiction dont les sources seront le journal intime du blessé et les commentaires du médecin.
Si la conquête de la parole est, par essence, épique, les tentatives, les tâtonnements, les frêles essais pour l’atteindre sont ici substantiellement lyriques. Diversité phonétique, agencements variés des signes, échecs qui pétrissent l’épopée émotionnelle de notre homme sans nom traquant son passé : la langue devient un battant ouvert sur la mémoire; le souvenir est, en quelque sorte, l’espoir du malheur, sa dernière chance pour en recouvrer le sens.
La lente reconstitution d’un système linguistique, le decriptage de ses codes s’enracinent d’abord dans le comportement : « C’était rassurant d’entendre ma voix se fondre avec celles des autres, mes mots se superposer aux leurs, sortir de ma bouche et prendre vie comme s’ils m’appartenaient vraiment, comme si, derrière ces sons que j’avais si bien appris à imiter, il y avait aussi la conscience de leur signification. » C’est le comportement qui, d’abord, permet le réapprentissage d’une grammaire affective et portera notre héros d’une ville à la fin d’un monde, Trieste, à Helsinki, « Ce champ de Mongols surgis par erreur à l’autre bout du monde » car sans la mémoire affective qu’on tresse au temps les mots ne seraient que les guenilles du discours.
Tout le long de ces pages, Diego Marani fait sourdre un malaise qui comme une basse continue, accompagne le récit, et les mots mystérieux de la langue finnoise prennent des allures de refrains chamaniques, de formules magiques, nécessaires pour entrer dans un nouvel imaginaire. « Le mot juste. C’est toute la différence entre la vie et la mort. Le souvenir est inséparable du mot. Le mot tire les choses de l’ombre. » Ce ne sera pas un mot qui tirera de l’ombre la vie de notre naufragé, mais l’apparition d’une sorte de vaisseau fantôme qui, en dévoilant le leurre, poussera cet homme ordinaire jeté dans un destin extraordinaire, à s’enrôler contre les Russes. Il mourra sous son faux nom en 1944, seule manière de rendre vraie une existence factice.
Livre singulier et profond, Nouvelle grammaire finnoise nous montre à quel point l’histoire peut se montrer marâtre pour les destinées individuelles. Livre exigeant, livre dense, ce récit nous plonge dans la noirceur de la guerre, de l’identité et de la langue, nous invite à réfléchir à l’intensité des racines de tout un chacun et de leur fragilité.

1 Né en 1959, traducteur auprès de l’Union européenne à Bruxelles, il a publié son premier roman Las adventures des inspector Cabillot (Mazarine, 1999) en europanto, langue inventée par lui-même.

© Le Matricule des Anges et ses rédacteurs
Gianni Angelini

D’autres indications dans une présentation de l’éditeur (dans une notice Amazon.fr)

Trieste, septembre 1943. Sur un navire de guerre allemand, le docteur finlandais Friari soigne un soldat grièvement blessé à la tête, qui se réveille privé de mémoire, d’identité et de langage. A certains indices, le médecin de bord croit reconnaître un compatriote de cette Finlande qu’il a quittée très jeune pour des raisons politiques. Il remet sur pied celui qu’il croit être Sampo Kaijalainen (c’est le nom qui est inscrit sur sa vareuse) et commence donc à lui enseigner sa langue maternelle, le finnois. Selon lui, le langage devra lui rendre la mémoire.
Friari envoie ensuite son patient chez un de ses amis médecins à Helsinki. Le pays est en guerre. Dans l’hôpital militaire où Sampo est hébergé, il fait la connaissance de l’aumônier Koskela qui lui donne des cours de langue finnoise et lui parle de la Finlande à travers ses mythes – chantés dans le poème légendaire Kalevala – évoquant le charme de ce monde froid, chargé d’odeurs, de lumière, de magie, un univers qui devient peu à peu familier. Koskela part pour le front et Sampo rencontre alors l’infirmière Ilma, dont l’amitié lui fera vivre un moment d’espoir. Mais il se rend compte de l’impossibilité d’aimer : « Même mes sentiments n’étaient pas vraiment les miens. J’avais le nom du corps dans lequel je me trouvais, mais je n’en possédais pas le cœur ».
Finalement, il apprend qu’il n’est pas ce Finlandais qu’il croyait être. Pour lui-même, il n’est personne. Il s’engage alors comme volontaire et part pour le front, où il meurt. L’épilogue nous révélera sa véritable identité par l’intermédiaire du Dr. Friari, celui-là même qui lui avait attribué une fausse identité pour des raisons induites par son propre passé.
Le journal tenu par Sampo attendra des années dans une malle de l’hôpital d’Helsinki avant d’être exhumé, pour témoigner de l’incroyable histoire d’un homme poussé vers un destin qui n’était pas le sien.

Cordialement,

Eurêkoi
Bibliothèque publique d’information
Service des réponses à distance
site internet : http://www.bpi.fr

Ps : Il s’agissait bien du livre recherché

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