Je voyais à la télévision de l’Ukraine, que la bibliothèque à Reims a notre manuscrit avec enluminations de notre reine fille de Iaroslav. Je voudrais bien lire ce livre dans ma bibliothèque à Lyon (Part Dieu). Comment faire ? Je vous remercie en avance.

Réponse apportée le 07/10/2008  par REIMS Bibliothèque Municipale – Design, Fonds régional

L’Évangéliaire slavon, dit « Texte du sacre » (Reims, BM, ms. 255) est un manuscrit composé de deux parties distinctes :
– Un recueil d’Évangiles du Temps et des Saints suivant le rite russe, écrit en caractères cyrilliques. Datant probablement du XIe siècle, il fait partie des plus anciens testaments de la langue russe. La couleur des encres, l’étude de certains mots ou expressions, l’analyse de l’usage, révèlent une origine ukrainienne.
– Au XIVe siècle, le manuscrit est donné au couvent d’Emmaüs, à Prague. Les moines de cette communauté le relient avec un second texte de 31 feuillets, en caractères glagolitiques. Ce second volume, orné de miniatures, est écrit en 1395.

Deux mises au point sur des légendes concernant le document :
– l’évangéliaire slavon a-t-il appartenu à la reine Anne de Kiev ? Au début du XIXe siècle, plusieurs érudits, cherchant à comprendre comment un manuscrit slave avait pu se retrouver à Reims, ont émis l’hypothèse qu’Anne de Kiev l’aurait apporté en France à l’occasion de ses épousailles avec le roi Henri Ier (le 19 mai 1051). Cette explication, aujourd’hui encore très populaire, relève sans doute de la légende : en effet, nous sommes certains que le manuscrit se trouvait à Prague au XIVe siècle. C’est Charles de Luxembourg (1316-1378), roi de Bohême, qui en fit cadeau à la communauté d’Emmaüs, laquelle adjoignit à son premier volume en cyrillique une seconde partie en glagolithique propre à son office et relia le tout dans un style incontestablement tchèque. On ne connaît pas l’histoire du manuscrit entre 1395 et 1574. Mais on sait que c’est le cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims, qui en devient le possesseur à la fin du XVIe siècle : c’est lui qui offre le manuscrit en cadeau au chapitre de la cathédrale de Reims en 1574. Le volume reste au chapitre de la cathédrale jusqu’en 1789, date des saisies révolutionnaires qui permettent d’intégrer l’ouvrage à la Bibliothèque municipale de Reims. L’hypothèse selon laquelle ce manuscrit aurait été apporté à Reims par Anne de Kiev au XIe siècle supposerait donc que ce document ait quitté Reims vers le XIVe siècle (pourquoi ? comment ?) pour y revenir ensuite au XVIe siècle, ce qui fait beaucoup de questions sur lesquelles nous ne possédons aucune documentation.
– l’évangéliaire slavon a-t-il servi lors du sacre des rois ? Également répandue est l’affirmation selon laquelle les rois de France prêtaient serment sur cet évangéliaire. Il est vrai que le cérémonial du sacre fait explicitement référence à un recueil d’Évangiles pour les serments de l’Ordre du Saint-Esprit (ajouté à la cérémonie du sacre par Henri IV en 1594) et de Saint-Louis (ajouté à la cérémonie du sacre sous Louis XV). Il est vrai que plusieurs sources indirectes du XVIIIe siècle désignent l’évangéliaire slavon comme ayant servi à certains sacres, ce qui est d’autant plus crédible que sa reliure était ornée avant 1793 d’un Christ contenant une relique de la Vraie Croix. Si cette tradition est plausible, elle ne peut cependant s’appliquer qu’aux sacres ayant eu lieu après celui d’Henri III (le manuscrit n’ayant été donné à la cathédrale qu’à partir de 1574). Pour les sacres des derniers rois de France, l’hypothèse reste plausible, mais nous ne disposons encore d’aucune source irréfutable pour établir avec certitude que c’était bien cet évangéliaire qu’on utilisait au cours de la cérémonie.

Eurêkoi
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