Réponse apportée le 03/26/2014  par MARSEILLE BMVR de l’Alcazar – littérature jeunesse, bandes dessinées anciennes

Suite à votre question sur « présenter des livres en bibliothèques pour des lecteurs récalcitrants », la BMVR de l’Alcazar de Marseille vous répond :
dans les bibliothèques, traditionnellement, les sections sont séparées entre collections pour la jeunesse et collection pour les adultes ;
les collections pour les adultes proposant une majorité d’ouvrages requérant un bon niveau de lecture, les personnes en difficulté avec l’écrit sont souvent orientées vers les sections jeunesse, et notamment les contes, certains albums, ou romans première lecture.

Le niveau de lecture peut être « facilitant » pour ces lecteurs mais les sujets abordés peuvent poser problème car ils peuvent être infantilisants ; il peut être également infantilisant en soi d’être orienté dans une section jeunesse quand on est un adulte, à fortiori si on est éloigné de l’écrit et qu’on l’on en retire un certain complexe (alors qu’un adulte « grand lecteur » ne se sentira pas discriminé s’il est orienté dans une section jeunesse).

La question est donc délicate ;
plusieurs solutions peuvent être proposées alors aux bibliothécaires
– certains choisissent d’accoler une pastille ou étiquette « spéciale » sur des livres qui ont été sélectionnés comme accessibles ; cette étiquette va surtout servir au bibliothécaire qui va accompagner le lecteur dans ses recherches mais peut aussi servir au lecteur qui va gagner en autonomie ; il appartient de choisir une appellation peu discriminante comme « ANL » pour Adulte Nouveau Lecteur ou français facile, par exemple, ou une simple pastille de couleur ; ainsi, les ouvrages peuvent rester dans leur rayon d’origine, au milieu d’autres documentaires, par exemple, mais sont juste signalés.

– on peut aussi choisir de créer un rayon « français facile » qui peut être apprécié de plusieurs types de public, des étrangers qui sont en apprentissage du français, mais dans lequel on peut aussi piocher pour des publics d’adultes apprenant en situation d’illettrisme, ou dyslexiques ; les collections que nous avons évoqué dans notre première réponse peuvent être présentées dans ce rayon.
on y trouve généralement de la littérature, mais on peut aussi, pourquoi pas, introduire des documentaires dans ces rayons ;

– on peut plus simplement, penser à mettre en avant sur des présentoirs de manière systématique des ouvrages « accessibles », attrayants, qui peuvent séduire le public le plus large ; il peut être appréciable de pouvoir « tomber » sur ces sélections dès l’entrée de la bibliothèque, tous sujets confondus, pour que les lecteurs les plus éloignés de l’écrit puissent trouver facilement de la lecture, sans avoir à arpenter de longs rayonnages qui peuvent s’avérer rébarbatifs ou déstabilisants.

– la signalétique générale de la bibliothèque peut aussi être conçue en pensant au plus large public (préférer un simple mot qu’une cote, pourquoi pas utiliser des pictogrammes)

– on peut aussi penser à établir régulièrement des bibliographies de livres « accessibles et attrayants » mais ces bibliographies ne seront pratiquement pas utilisées par les lecteurs eux mêmes ; elles peuvent être utiles aux bibliothécaires pour ne pas être pris au dépourvu face à un public éloigné de l’écrit qui peut s’avérer déstabilisant pour un bibliothécaire non sensibilisé à ce public spécifique.

– Les bibliothécaires sont souvent confrontés à des publics en difficulté ; mais souvent la question n’est pas abordée frontalement ; les personnes en difficulté avec l’écrit peuvent être repérées par des signaux (j’ai oublié mes lunettes, pouvez vous m’aider à chercher…) la sensibilisation des bibliothécaires a donc toute son importance, pour pouvoir oser aborder la question sans fausse pudeur ; les personnes qui ont franchi la porte de la bibliothèque ont déjà fait souvent un grand pas vers la formation, ou le chemin de l’écrit ; on peut aussi, si la situation se présente, ou que l’on parvient à la susciter proposer des formations gratuites à l’extérieur de la bibliothèque ; pour cela, il convient d’être bien sensibilisé et de connaître des partenaires extérieurs vers lesquels s’appuyer (centres de ressources illettrisme, organismes de formation etc..)

– Enfin, pour accueillir convenablement et de manière profitable des publics éloignés de l’écrit en bibliothèque, on peut nouer des partenariats avec des organismes de formations, des associations qui aident à la réinsertion ou l’apprentissage de la lecture, ou avec les Centres de ressources illettrisme ; en effet, des accueils de groupes personnalisés sont sans doute le meilleur moyen de répondre à l’attente de ces publics spécifiques en leur présentant des ressources adaptées. On peut alors échanger, proposer éventuellement des lectures à voix hautes, qui peuvent réconcilier avec le texte sans passer par l’écrit. Présenter des collections, aussi finement choisies soient-elles n’est pas forcément suffisant pour encourager des lecteurs récalcitrants sur le chemin de l’écrit ; le contact humain et l’échange sont aussi très importants.

En espérant avoir répondu au mieux à votre question, sans avoir trop extrapolé, nous vous remercions de la confiance que vous avez accordée à notre service.

Cordialement,
Eurêkoi – BMVR de Marseille
< http://www.bmvr.marseille.fr >
< https://www.eurekoi.org >

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