Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ?

Réponse apportée le 09/14/2012  par PARIS Bpi – Actualité, Art moderne, Art contemporain, Presse

En consultant l’Encyclopaedia Universalis en ligne, que vous pouvez consulter vous-même, en version limitée dans la mesure où elle est payante, à cette adresse : http://www.universalis-edu.com
nous trouvons un article consacré au jugement et écrit par Noël MOULOUD.

En voici un extrait où vous trouverez ce qu’est un jugement synthétique a priori d’après Emmanuel Kant:

[…] « Toute doctrine de la raison a cherché à situer la liaison judicative vis-à-vis de ses corrélatifs, d’une part la liaison associative des épreuves sensibles, d’autre part la cohésion qui unit les éléments du concept ou ceux du discours probatoire. On peut parler d’une tradition de la « philosophie du jugement », qui voit dans celui-ci la mesure principale de l’initiative intellectuelle ou spirituelle : elle écarte la contrainte des formes et des concepts, et ne veut retenir comme liaisons effectives que celles qui sont produites par une opération effective du jugement et confirmées par une preuve effective. Il s’agit toutefois d’une version assez tardive et localisée de la philosophie de la pensée : la philosophie classique se présentait comme une philosophie du concept ou du discours rationnel plutôt que comme une philosophie du jugement.

Ces vues classiques ont une origine aristotélicienne : le savoir se développe entre le concept, qui est son point d’ancrage initial dans les choses et les natures, et la preuve apodictique, qui réalise l’adéquation explicite du savoir à l’être. Le jugement, sous sa forme catégorique, pose l’être du sujet, selon les catégories du genre, de la qualité, de la quantité, etc., et il explicite par la copule ces implications de l’être : il est ainsi développement du concept et moment de la preuve. Selon cette perspective, à la fois logique et ontologique, des doctrines classiques – et bien que les stoïciens introduisent, comme on l’a dit, certaines formes de la liaison conditionnelle, et conçoivent déjà le jugement comme une opération autonome qui rassemble les contenus de l’expérience –, l’acte rationnel par excellence est une « analyse » qui développe la compréhension du concept par le jugement.

L’école cartésienne conserve, ou ne fait que transposer cette vue. Elle apprend, il est vrai, à opposer la composition mathématique des raisons à la subsomption des sujets sous les prédicats, mais elle interprète cette opération intellectuelle comme la séparation et la conjonction des composantes d’une unité qu’elle pense comme essence ou comme idée. Il est remarquable que Leibniz croie pouvoir rapprocher finalement les lois d’une logique mathématique de celles d’une logique des substances : toute corrélation des propriétés se fonde sur l’inhérence des prédicats dans le sujet qui leur donne leur loi, et la certitude rationnelle se ramène à l’évidence d’une identité sous-jacente à la diversité. C’est chez Descartes que l’on trouverait l’ébauche d’une doctrine de l’autonomie du jugement : comme l’entendement ne présente que des combinaisons finies, le sujet dispose d’une marge d’initiative, il choisit, en présence de situations indéfinies, la solution la plus vraisemblable ; la liberté intellectuelle et morale consiste dans le pouvoir de « juger bien ».

Pour que la doctrine du jugement puisse se dégager de celle du concept, il fallait que la notion de « relation », et en même temps de « synthèse », se dissociât de la notion de l’inclusion. L’idée des liaisons conditionnelles et causales, utilisées par les sciences de la nature, a joué dans ce sens un rôle important, surtout lorsqu’elle a été prise en charge par une conception positive du savoir ; l’empirisme de Locke et de Hume, qui interprète les légalités scientifiques à la lumière de la notion psychologique de l’« association des idées », fait les premiers pas : le jugement objectif rassemble des données sensibles selon les relations de la simultanéité ou de la succession consolidées par la fréquence. Kant allait fonder une doctrine du jugement, en repensant cet héritage dans la perspective de l’idéalisme transcendantal, qui attribue au sujet l’initiative de la liaison.

Dès lors, le jugement redevient une subsomption, par laquelle des éléments sensibles ou intuitifs tombent sous la loi d’un concept ou d’une catégorie institués par la raison. Mais, en fait, la catégorie est une règle pour construire des relations, une forme de jugements possibles : elle fixe les lois de l’ordonnance et du rassemblement, du conditionnement univoque ou réciproque, et elle est elle-même le produit d’un acte transcendantal, qui est unification du divers selon les schèmes de l’espace et du temps. Au « jugement analytique », qui vient de la tradition scolastique, Kant peut dès lors opposer le « jugement synthétique », sous la double espèce du « jugement d’expérience », qui subordonne les êtres sensibles à la loi, et du « jugement synthétique a priori », l’acte mathématique qui construit des objets sous la directive de la loi. Au reste, au-delà de ces jugements qui déterminent l’objet sous la double contrainte d’un contenu donné et d’une règle impérative, Kant aperçoit d’autres fonctions du jugement. En examinant l’usage de la catégorie de finalité, il arrive à la notion du « jugement réfléchissant », qui institue librement une ordonnance pour comprendre et unifier le réel ; mais surtout, en analysant l’obligation morale, il conçoit l’existence d’un jugement synthétique pur, qui écarte toute contrainte de l’objet et régit les actes en les conformant à une norme qui exprime l’autonomie même de la raison. Ainsi le « jugement de valeur » acquiert ses titres à côté du « jugement de vérité ». D’une manière générale, les niveaux du jugement correspondent à ceux d’une initiative spirituelle toujours plus proche de sa source. » […]

Je vous propose également un blog tout entier dédié à la philosophie de Kant disponible à cette adresse:
http://kant.chez.com/maquette/html/dico/theorique/j.html

Voici ce que l’on lit sur les jugements synthétiques:
« Jugement synthétique ou jugement extensif ou encore jugement d’expérience :
C’est lorsque le prédicat B est entièrement en dehors du concept A.
Ainsi on doit appeler les jugements synthétiques ceux en qui la liaison du sujet est pensée sans identité. Ces jugements ajoutent au concept du sujet un prédicat qui n’avait pas été pensé en lui et qu’on aurait pu en tirer par aucun démembrement.

Ex : Tous les corps sont pesants ; le prédicat est ici tout à fait différent de ce que je pense dans le simple concept d’un corps en général, l’adjonction de ce prédicat donne un jugement synthétique.

« Dans les jugements synthétiques, je dois avoir en dehors du concept quelque chose encore (X) sur quoi l’entendement s’appuie pour reconnaître qu’un prédicat qui n’est pas contenu dans ce concept lui appartient cependant » (Critique de la raison pure, Intro 1°ed., p38).

Dans les jugements empiriques ou d’expériences cet X est expérience complète de l’objet que je pense par le concept A, lequel ne constitue qu’une partie de cette expérience.

« L’expérience est donc cet X qui est en dehors du concept A et sur lequel se fonde la possibilité de la synthèse du prédicat B de la pesanteur avec le concept A » (Critique de la raison pure, Intro 1°ed., p39).

Passage du jugement synthétique au jugement synthétique a priori :
Mais dans le jugement synthétique a priori, je suis entièrement privé du moyen de l’expérience, car quel est cet X, sur quoi s’appuie l’entendement, quand il croit trouver, hors du concept de A, un prédicat B qui lui est étranger, mais qui est toutefois lié à ce concept? Ce ne peut pas être l’expérience, puisque c’est non seulement avec plus de généralité que l’expérience n’en peut fournir, mais aussi avec l’expression de la nécessité, par suite entièrement a priori et par simples concepts, que le principe en question ajoute cette seconde représentation de la première.
Or sur de tels principes synthétiques, c’est-à-dire extensifs repose la fin tout entière de notre connaissance a priori spéculative car les principes analytiques sont importants et nécessaires, mais seulement pour arriver à cette clarté des concepts requise pour une synthèse sûre et étendue, comme pour une acquisition réellement nouvelle (Critique de la raison pure, Intro 1°ed., p39-40).

Il faut donc découvrir le principe de la possibilité de jugements synthétiques a priori, envisager les conditions qui en rendent possible chaque espèce et ranger toute cette connaissance en un système comprenant ses sources originaire, ses divisions, son étendue et ses limites (Critique de la raison pure, Intro 2°ed., p40).

« Dans toutes les sciences théoriques de la raison sont contenus, comme principes, des jugements synthétiques a priori » (Critique de la raison pure, Intro 2°ed., p40).

C’est pourquoi les jugements mathématiques sont tous synthétiques. En ce sens ce sont toujours des jugements a priori puisqu’elles comportent la nécessité qu’on ne peut tirer de expérience (Critique de la raison pure, Intro 2°ed., p40). »

Enfin, je vous incite vivement à relire l’introduction de la Critique de la raison pure dont voici la notice détaillée que vous trouverez dans notre catalogue disponible à cette adresse:
http://www.bpi.fr et cliquez sur l’onglet « recherche documentaire »:

Auteur : Kant, Immanuel
Titre : Critique de la raison pure
Éditeur : Paris : Aubier, 1997
Description : 749 p. ; 24 cm
Collection : Bibliothèque philosophique
Exemplaire
Niveau 2 – Philo, psycho, religions – Papier 1. 1″3″ KANT 1

Cordialement,

Eurêkoi – Bpi (Bibliothèque publique d’information)
http://www.bpi.fr

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