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Qu’appelle t-on « littérature arabe des merveilles », dite al-khurafa ?

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    Bibliothèque de l’Institut du monde arabe – notre réponse  actualisée le 28/06/2026.

    Première de couverture "Histoires étranges et merveilleuses"
    Histoires étranges et merveilleuses de Ahmad al-Qalyoûbî

    Si le nom de l’ouvrage de Marco Polo, Le Livre des merveilles, est connu d’un large public, on ignore souvent que
    le genre de cet ouvrage s’inscrit dans une tradition littéraire bien précise. « Les « Merveilles », inspirées de la géographie merveilleuse des Grecs du IVe siècle avant J.-C., apparaissent dans la littérature arabe au IXe siècle et constituent un genre plus récréatif que scientifique. » (Le livre arabe, BnF)
    De quoi s’agit-il ?

    Le genre de la littérature des Merveilles : présentation

    L’univers enchanté du voyageur dans les cosmographies illustrées de l’Orient médiéval, par Anna Caiozzo, dans Image et voyage : Représentations iconographiques du voyage, de la Méditerranée aux Indes orientales et occidentales, de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, de Sylvie Requemora-Gros et Loïc Guyon (dir.), Presses universitaires de Provence, 2012.
    Extrait :

    Dans le monde oriental médiéval, la cosmographie est une représentation du monde qui relève du registre pseudo-scientifique des encyclopédies dont la vocation est d’instruire le lecteur cultivé sur les merveilles des mondes célestes et terrestres, et de le faire ainsi voyager par des bribes de récits rapportés par les voyageurs, navigateurs et autres conteurs. Les exemplaires illustrés offrent la dimension du rêve, et la vision « imaginée » des contrées […] Toutefois, la cosmographie s’ancre également dans le réel et, soucieux de présenter toutes les connaissances de son temps, le cosmographe oriental intègre dans son œuvre des textes de natures parfois très différentes qui concourent à donner à l’ensemble un caractère baroque et merveilleux : textes scientifiques ou pseudo-scientifiques, légendes, récits de toutes provenances, en particulier issus de la littérature des merveilles née au xe siècle et dont l’Abrégé des merveilles ou le Livre des pays d’ibn al-Faqîh al-Hamadhânî, s’inspirent eux-mêmes de récits de voyages.


    Sélection de ressources dans la littérature arabo-musulmane

    Traité d’al-Qazwini (Kitab ʿAjā’ib al-makhlūqāt wa gharā’ib al-mawjūdāt = « Les merveilles des créatures et l’étrangeté des êtres ») qui traite du monde céleste et du monde terrestre peuplé d’êtres étranges (à notre connaissance non traduit en français). Une édition numérisée de 1874 en est consultable sur Gallica, bibliothèque numérique de la BnF.
    Voir notamment l’article : 
    Les voyageurs arabes médiévaux : chroniques et récits. Zakariyā’ al-Qazwīnī (vers 1203-1283) : un juge cosmographe contemplatif, par Florence Somer, Jean-Charles Ducène, lesclesdumoyenorient.com, 26/05/2021. 

    L’Encyclopedia Universalis consacre un article, Al Qazwini, écrit par Pierre Miquel.
    Extrait :

    La Géographie nous a été conservée sous deux recensions, l’une de 1263 sous le titre de Merveilles des pays (‘Adjā’ib al-buldān), la seconde de 1275 sous celui de Vestiges des pays et renseignements sur les hommes (Āthār al-bilād wa akhbār al-‘ibād).

    Démons et merveilles d’Ibshīhī (trad. de G. Rat), éd. Kitaba : Ed. de la Méditerranée,1981.
    Cet ouvrage contient 5 chapitres trad. de : « Al- Mustatraf fī kull fann mustazraf ». – En fin de vol., reproduction de quelques pages manuscrites de : « ʿAjā’ib al- Makhlūqāt » de Zakarīyā b. Muhammad al- Qazwīnī.

    Le Livre des merveilles de l’Inde, en arabe Kitab Ajaib al Hind, de Bozorg B. Sahriyar Al-Ramhormoz, édInstitute for the history ofrabic- Islamic science, coll. Islamic Geography, 1993.
    Présentation : compilation de récits de voyage du capitaine de navire persan Ibn Shahriyar rédigés entre 900 et 953.

    Le Kitab al-Bulhan (كتاب البولحان) ou le Livre des Merveilles est un manuscrit arabe des XIVème et XVème siècles, originaire de la Mésopotamie médiévale. Il contient des sections sur l’astronomie, l’astrologie et la divination, 1 exemplaire relié à Bagdad durant le règne de l’émir Ahmad Jalayirid (1382-1410).

    L’Abrégé des merveilles d’Ibrahim Ibn Wacīf- Chāh (traduction de l’ arabe et annoté par Carra de Vaux), préf. d’ André Miquel, éd. Sindbad, 1984.
    L’attribution de l’ouvrage à Ibn Wasif est incertaine. Certains critiques l’attribuent à l’auteur des « Prairies d’or », Al- Masudi.

    Dans le même genre on peut citer les contes des Milles et Une Nuits, également représentatif de ce genre littéraire : voir notamment l’article paru sur le site Qantara – Patrimoine méditerranéen

    Exemples dans la littérature occidentale

    Dans la littérature occidentale l’exemple le plus significatif est :

    Le Livre des merveilles et autres récits de voyages et de textes sur l’Orient : un manuscrit enluminé réalisé en France vers 1410-1412. Recueil de plusieurs textes évoquant l’Orient réunis et peints à l’attention de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, contenant le Devisement du monde de Marco Polo ainsi que des textes d’Odoric de Pordenone, Jean de Mandeville, Ricoldo da Monte Croce et d’autres textes traduits par Jean le Long.
    Le manuscrit contient 265 miniatures réalisées par plusieurs ateliers parisiens. Il est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote Fr.2810.

    Une édition actualisée du Devisement du monde a été réalisée sous le titre Le Livre de Marco-Polo ou le Devisement du monde par Marco Polo, Club français du livre. Merveilles, 1963.
    Deux enluminures du Livre des Merveilles de Marco Polo sont visibles sur le site de l’Encyclopedia Universalis :
    L’une tirée d’un chapitre représentant des « marchands bramanes (Abramains) de la province de Lar » : accès ici.
    L’autre, attribuée à l’atelier du Maître de Boucicaut, vers 1412 : Niccolò et Matteo Polo quittent Venise pour leur second voyage en Chine en compagnie du jeune Marco Polo. Accès ici.

    Ou encore :
    Le Livre des merveilles du monde (ou Voyages) écrit par l’explorateur Jean de Mandeville entre 1355 et 1357 à Liège, qui se présenta comme un chevalier anglais, après ses voyages en Égypte, Palestine, Inde, Asie centrale, Chine (1322-1356), qui est une compilation de ses propres voyages et des récits de missionnaires franciscains et dominicains.
    Une version numérisée de ce parchemin est consultable dans Gallica et une édition critique en a été établie en 2000 par Christiane Deluz, éd. du CNRS.


    Pour aller plus loin… 

    À la découverte de la littérature arabe : du VIe siècle à nos jours de Heidi Toelle et Katia Zakharia, éd. Flammarion, Champs essais, 2014.
    Extrait :

    Dans les pages de ce livre, les poètes pré-islamiques chantent le passage de la caravane, qui laisse des traces estompées telles un ancien tatouage atténué au creux du poignet. Les poètes andalous tissent des images nouvelles – la violette, morsure de l’amant, ou l’artichaut, œuf caché dans la peau d’un hérisson. Les géographes découvrent les merveilles du monde, les sagas ou les romans de chevalerie déroulent leur trame qui, enrichie de mille variantes, a charmé auditeurs et lecteurs siècle après siècle. Puis, avec la «Renaissance» qui se fait jour dans le monde arabe au XIXe siècle, on assiste à la naissance du roman, de la nouvelle et du théâtre «modernes».

    L’esprit des lieux : quelques observations sur la topographie des merveilles terrestres dans les manuscrits enluminés de l’Orient médiéval par Anna Caiozzo, Annales islamologiques, n° 51, 2017.
    Résumé :
    La cosmographie est un genre littéraire qui fleurit dans le monde musulman médiéval entre le XIIe et le XVe siècle, mais les copies illustrées valorisent surtout les versions de ʿAǧāʾib al‑maḫlūqāt d’al-Qazwīnī en arabe et en persan, tandis que la cosmographie d’al-Ṭūsī Salmānī, plus diversifiée pour l’aspect monumental, est malheureusement plus rare, voire unique par son exemplaire jalayride de la BnF. La représentation des curiosités des pays peut aussi s’observer dans d’autres corpus tels que les manuscrits de Firdawsī ou de Niẓāmī. Les merveilles des lieux offrent une vision du monde marquée par le mystère, l’enchantement, le poids de la magie mais aussi des signes divins. Les illustrations insistent sur trois aspects principaux, la nature enchantée, les curiosités des pays construites par les hommes ou de mystérieux acteurs, et enfin les lieux de culte, de l’Inde à la Méditerranée offrant une panoplie des différentes religions du monde connu.


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    Eurêkoi – Bibliothèque de l’Institut du monde arabe


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