Je cherche la recette et les dosages d’un bijou appelé « Skhab » originaire des Aurès.

Collier d'ambre.

Collier d’ambre. « usage réservé © IMA/ Maroc Images »

Bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe, notre réponse du 25/10/2019

 
Il est plutôt difficile de vous apporter une réponse précise concernant le dosage des différents éléments qui entrent dans la fabrication du bijou Skhab : cela dépend à la fois des ingrédients (fleurs, graines, épices…) utilisés pour sa composition, des modèles créatifs et de la proportion de métal précieux ajouté (argent). 
 
Etymologie : selon les sources consultées le mot « sshab » en berbère exprime l’idée d’une pâte parfumée ; le terme « skhab » serait de tradition islamique (El Bokhari ; trad. Hondor, t. IV, pp. 199.120) qui évoque le Prophète embrassant les enfants porteurs de colliers de ce nom. (Source Musée du Quai Branly, notice d’oeuvre d’un collier Skhab »)
 
Il existe différents modèles de ce collier porté par les femmes de l’Est algérien et notamment les femmes chaouis des Aurès. Selon la tradition ce collier composé d’argent, de perles de verre et de pâtes parfumées (ambre, clous de girofle, graines parfumées) est fabriqué par les femmes à la veille du mariage et fait partie du trousseau de la jeune mariée.
 
Le Skhab reste l’un des plus anciens colliers usité dans les Aurès ;  il est aussi constitué d’une pâte parfumée (guemha) préparée par les femmes elles mêmes.
Ce collier est souvent agrémenté de perles de corail et de motifs creux ou fuselés en argent.
Cet objet constitue une pièce maîtresse de la bijouterie chaouie traditionnelle et se distingue par la présence de deux grandes mains (probablement contre le mauvais œil) découpées dans une plaque d’argent et accrochées au centre du Skhab.
 
Après avoir broyé les ingrédients en fine poudre, ils sont malaxés avec de l’eau colorée au safran,  des parfums, du musc, benjoin et d’autres essences. Quand la pâte est à demie séchée, elle est divisée en petites parts égales façonnées en pyramides. 
Le «Skhab» est prêté à la fiancée le jour des fiançailles et il est porté par le petit garçon lors de la cérémonie de la circoncision. Placé dans les plis des habits dans le coffre à vêtements il embaumait les robes et autres toilettes féminines.
 
« D’un parfum prononcé et musqué, l’ambre gris (`anbar) est l’allié de choix des femmes d’Afrique du nord. Il  est mentionné par plusieurs chroniqueurs, dont Ibn al Baïtar ( XIIe-XIIIe siècles), lequel atteste de sa renommé et de son usage; notamment sous forme de collier appelé es-skheb. Ce dernier est réputé pour ses vertus thérapeutiques, et son pouvoir aphrodisiaque. » 
(…)
Es-skheb est un collier confectionné par les femmes et pour les femmes. Il est très prisé en Tunisie et en Algérie, principalement chez les Aurésiennes, les Soufiennes, et les Mozabites; et se décline sous forme d’un sautoir, et d’un baudrier très long de plusieurs rangées superposées en pâte odoriférante, faite d’ambre gris, auquel on additionne divers  produits, et dont la recette diffère d’une région à une autre. Il est préparé à l’aide d’une pâte constituée de de clou de girofle, de nard, de safran, ainsi que de patchouli, benjoin et eau de rose. On laisse sécher ce mélange plus de quarante jours.  » 
 
Concernant la proportion d’argent qui pouvait être introduit dans ces types de bijoux nous vous renvoyons au titrage de millième (part de métal précieux introduite dans un bijou en argent ou en or) communément reconnu :
« Le titre au millième est un système de notation de la pureté du platine, de l’or et de l’argent, indiquant au millième près le titre (ou aloi) d’un métal (c’est-à-dire le rapport de la masse du métal à la masse totale de l’alliage qu’il compose). Par exemple, un alliage contenant 75 % d’or se note « 750 » (car 75 % = 750 ‰ = 750/1000), le titre d’un métal « pur » étant de 1000‰.
Argent
999 (argent pur) : 24 carats (24 ct)
958 : Argent Britannia 23 carats (23 ct)
925 (titre légal) : Argent sterling 22 carats (22 ct)
835 : 20 carats (20 ct)
800 (titre légal) : 19 carats (19 ct) – en France, titre minimal pour désigner un ouvrage comme étant en argent1. »
 
Il existe de nombreux alliages d’argent destinés à l’industrie pour renforcer une caractéristique particulière, notamment pour obtenir une fonction électrique spécifique. Ainsi, on peut le retrouver allié à du nickel, du fer ou du graphite. Mais les alliages d’argent les plus connus sont :
Electrum : mélange d’or et d’argent de façon naturelle ou artificielle
Argent Britannia :  argent 958‰ + 42‰ de cuivre
Argent Sterling :  argent 925‰ + 75‰ de cuivre
 
Sources consultées : Disponible à la Bibliothèque de l’IMA
 
Roselyne [Pachet-] Hongrois ; [préf. de G. Tillion]. (Fontenay- le- Comte : Impr. Lussaud) , 1991;
 
Tatiana Benfoughal ; préface Camille Lacoste- Dujardin. Paris : CNRS , 1997
 
[sous la direction de Tatiana Benfoughal]. Paris : Somogy éditions d’ art ; Mantes- la- Jolie : Musée de l’ Hotel- Dieu , 2003
 
Henriette Camps- Fabrer ; dessins Yvette Assié. Aix- en- Provence : Edisud , 1990
 
 
site Les Algéroises : page consacrée au Skhab et aux différents ingrédients de fabrication.
« La réalisation des perles qui constituent ce long collier nécessite des clous de girofles, des graines parfumées, «Quemla» et une dose de coquetterie. » (…)
 
Pour aller plus loin vous pouvez aussi contacter la médiathèque ou le Musée du Quai Branly pour entrer en contact avec l’un des conservateurs spécialistes des collections de bijoux :
 
Cordialement,
Eurêkoi – Bibliothèque de l’Institut du monde arabe

 
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