Francophonie : Quels sont les grands écrivains libanais d’expression française ?


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Bibliothèque de l’Institut du monde arabe – notre réponse du 07/03/2022.

La littérature libanaise d’expression française naît à la toute fin du 19ème et au début du 20ème siècle.
Michel Corvin, dans son introduction l’essai de Saher Khalaf sur la littérature libanaise de langue française, distingue deux générations d’écrivains :
« la première, celle d’avant la guerre, plus apaisée, plus parisienne, plus humaniste ; la seconde, celle d’après 1950, plus inquiète, plus large de thème et de pensée, en même temps que plus soucieuse de se poser, en français, les questions qu’un Liban inscrit dans la réalité moyen-orientale ne saurait éluder. »

L’émergence d’une littérature francophone au Liban tient en premier lieu à l’histoire et à la sociologie de ce pays et à ses liens historiques et culturels avec la France. En un peu plus d’un siècle plusieurs centaines d’écrivains se sont exprimés en français dans tous les genres de la création littéraire.
Le Dictionnaire de la littérature libanaise de langue française recense 134 auteurs et plus de 600 titres publiés. 
Parmi tous ces auteurs, certains sont particulièrement familiers aux lecteurs français comme Amin Maalouf, 1er libanais à recevoir le prix Goncourt en 1993 pour son roman Le Rocher de Tanios et élu, en 2012, à l’Académie française.


Même si la langue française au Liban est aujourd’hui en perte de vitesse, au profit de l’anglais, la création littéraire francophone continue de marquer sa présence grâce à une nouvelle génération d’écrivains, qui s’exprime notamment à travers des formes littéraires plus contemporaines comme la bande dessinée ou le roman graphique (Barrack Rima ou Zeina Abirached).
Le Salon du livre francophone de Beyrouth constitue toujours un évènement majeur de la vie culturelle du pays et attire de nombreux visiteurs, y compris de la sous-région. Il s’agit d’un rendez-vous culturel annuel pour renouveler ses liens d’amour avec la lecture en français.
Focus sur une sélection chronologique des principaux écrivains libanais et de leurs œuvres en langue française.

Les romanciers 

Farjallah Haik (1909-1994), un romancier des années 40 :
« Farjallah Haik est indiscutablement un grand écrivain d’expression française et un romancier de classe. Son vocabulaire vif, imagé et puissant a acquis une audience presque internationale il a su peindre avec une maitrise extraordinaire non seulement la femme libanaise mais également le paysan de la haute montagne et la campagne libanaise; ses descriptions sont captivantes et c’est la précisément où réside l’originalité de cet éminent homme de lettres.»
Farjallah Hayek – Romancier par Joseph Sokhn, onefineart.com.
Extrait :
« Farjallah Haik est indiscutablement un grand écrivain d’expression française et un romancier de classe. Son vocabulaire vif, imagé et puissant a acquis une audience presque internationale il a su peindre avec une maitrise extraordinaire non seulement la femme libanaise mais également le paysan de la haute montagne et la campagne libanaise; ses descriptions sont captivantes et c’est la précisément où réside l’originalité de cet éminent homme de lettres. »
Les romans de Farjallah Haik sont disponibles à la Bibliothèque de l’ Institut du monde arabe.

Charif Majdalani (1960-….)
« Écrire en français pour parler du Liban ne se pose jamais comme un problème. En tout cas pas pour moi (…) Finalement, poser le problème de l’écriture en français, ce n’est rien d’autre que poser celui de l’écriture elle-même. » Charif Majdalani in Le Monde des livres, le 16/11/2007.
Son récit “Beyrouth 2020, Journal d’un effondrement”, prix spécial du jury Femina 2020, raconte le naufrage de son pays.

Alexandre Najjar (1967-….)
Alexandre Najjar reçoit le Grand Prix de la Francophonie par Antoine Oury, Actualitté.com, le 15/01/2021.
Extrait :
« L’Académie française, au cours de sa séance du 14 janvier, a choisi de décerner le Grand Prix de la Francophonie à Alexandre Najjar.
Ce prix couronne « l’œuvre d’une personne physique francophone qui, dans son pays ou à l’échelle internationale, aura contribué de façon éminente au maintien et à l’illustration de la langue française »
Le Grand Prix de la Francophonie 2021 a été décerné à l’écrivain, journaliste, avocat et homme politique Alexandre Najjar, dont l’œuvre est marquée par son pays natal, le Liban. Il fut notamment conseiller du ministre libanais de la Culture en 1999 et responsable des affaires francophones auprès de la ville et du barreau à Beyrouth, de 1996 à 1999. » 

Hyam Yared (1975-….) romancière, « son œuvre est marquée par les questions de liberté, de féminité mais aussi par le poids des traditions et par l’hypocrisie sociétale ».

Amin Maalouf, à la Comédie du livre de Montpellier, 23 mai 2009
Amin Maalouf, à la Comédie du livre de Montpellier, 23 mai 2009 © Dinkley, CC BY-SA 3.0

Biographie d’ Amin Maalouf sur le site officiel de l’ Académie française :
Extrait :
« Quand la guerre éclate dans son pays natal, il part pour la France avec son épouse et ses enfants, reprenant aussitôt son activité de journaliste, notamment à Jeune Afrique, où il devient rédacteur en chef et éditorialiste.
À partir de 1984, il se consacre à l’écriture, publiant des romans, des essais, des livrets d’opéra.

En 1993, il obtient le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios, en 1998 le prix européen de l’essai pour Les Identités meurtrières, et en 2010 le prix Prince des Asturies des Lettres pour l’ensemble de son œuvre.
En 2007-2008, il préside, à l’invitation de la Commission européenne, un groupe de réflexion sur le multilinguisme, qui publie un rapport intitulé Un défi salutaire : comment la multiplicité des langues pourrait consolider l’Europe.
»


Les poètes 

Georges Schéhadé (1905-1989), un poète et auteur dramatique majeur des années 1930-70 : »Très tôt reconnue, l’œuvre de Georges a été saluée et défendue par Paul Éluard, André Breton, Saint-John Perse, René Char, Jean-Louis Barrault, Octavio Paz, Philippe Jaccottet, Salah Stétié, et beaucoup d’autres. Il se voit décerner le Grand Prix de la Francophonie par l’Académie française en 1986, année de création de ce même prix. » article Wikipédia

Etel Adnan (1925-2021), une poétesse et artiste peintre des années 70 aux années 2000, également autrice de romans et d’essais littéraires. Figure du féminisme et du Mouvement pour la paix elle a écrit en anglais, en français et en arabe.

Salah Stétié (1928-1929?-2020), poète, ancien ambassadeur du Liban. Auteur d’une centaine de livres, son oeuvre consiste surtout en recueils poétiques, auxquels s’ajoutent des essais, des traductions, des critiques d’art et des mémoires. Auteur de dimension internationale il a reçu de nombreux prix dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française en 1995.

Vénus Khoury-Ghata (1937-….) : poétesse et romancière des années 70 à nos jours »Dans ses romans, la femme est au centre de tout en tant que personnage principal tandis que l’homme est souvent connoté péjorativement. Elle le montre comme responsable du péché originel, du Mal qui engloutit la femme ». article Wikipédia
Vénus Khoury-Ghata a obtenu le Grand prix de poésie de l’Académie française en 2009 et le prix Goncourt de la poésie en 2011 pour Où vont les arbres.

Fouad El-Etr (1942-….) poète, créateur en 1967 de la revue La Délirante ; vient de faire paraitre, en 2021, son permier roman.

Nohad Salameh (1947-…) poétesse des années 90 à 2000
Le poète Jean-Claude Renard salue son «écriture à la fois lyrique et dense, qui s’inscrit dans la lignée lumineuse de Schehadé parmi les odeurs sensuelles et mystiques de l’Orient» article Wikipédia.
Grand Prix de Poésie d’automne de la Société des gens de lettres en 2007 et le Prix Paul Verlaine de l’Académie française en 2013.

Jad Hatem (1952-….) : poète de formation philosophique, il a publié de nombreux recueils à partir des années 80 à nos jours ainsi que des essais et critiques littéraires.


Auteur dramatique 

Wajdi Mouawad (1968-….), actuellement directeur du Théâtre national de la colline à Paris, est un auteur reconnu.
Sa pièce de théâtre Incendies a été portée à l’écran par Denis Villeneuve et primée plusieurs fois.


Pour en savoir plus…

Articles

Le Liban et un siècle de littérature francophone, en ligne sur la base de données Persée.
Sonia El FakhriCahiers de l’AIEF, Année 2004.

Décloisonner le discours sur la littérature arabe francophone
Abdallah Ouali Alami, Colette ValatHorizons Maghrébins – Le droit à la mémoire  Année 2005, En ligne sur Persee.fr

Le Liban entre deux langues par Robert Solé, Le monde.fr, le 15/11/2007.
Extrait :
« Parmi les écrivains invités, huit écrivent en arabe et les quatre autres en français. Cela correspond assez bien à la production littéraire du Liban, qui est trilingue en réalité – mais les auteurs anglophones se comptent sur les doigts de la main. Le pays du Cèdre, dont la langue officielle est l’arabe, a rendu obligatoire l’enseignement d’une langue étrangère dès la maternelle. Si deux élèves sur trois choisissent le français, l’anglais gagne naturellement du terrain, puisque l’économie nationale est fondée sur les services et les affaires. »


Anthologies 

Douze écrivains libanais : les Belles Etrangères : anthologie.
Paris, Éditions Gallimard : Verticales-Phase deux ; Beyrouth : Dar an-Nahr, DL 2007.

La littérature francophone du Machrek : anthologie critique
Sous la direction de Katia Haddad, 2ème édition revue et augmentée, Beyrouth : Presses de l’ Université Saint- Joseph, 2008.

Dictionnaire de la littérature libanaise de langue française
Ramy Zein, Paris, Éditions L’ Harmattan , 1999.

Panorama de la poésie libanaise d’ expression française
Najwa Aoun Anhoury ; préface de Charles HélouBeyrouth : Dar el- Machreq, 1987.


Film documentaire

Ecrire le Liban à jamais
Réalisé par Michel Georges, Collection  Les Belles Étrangères, 2007.
Résumé :
« Beyrouth, que l’UNESCO a désigné capitale mondiale du livre en 2009, reste un îlot de créativité pour les écrivains de langue arabe. La presse et l’édition y sont libres de toute censure, le Liban demeurant la seule démocratie parlementaire arabe de la région.
Beyrouth compte ainsi plus de trois cents maisons d’édition, un nombre important de librairies de qualité et il s’y publie dix quotidiens en arabe et plusieurs magazines en français, en anglais et en arménien. Elle accueille, chaque année, un salon du livre français qui attire plus de 100 000 visiteurs.
En dépit de la guerre subie en 2006 et d’une grave crise politique, le Liban connaît une véritable frénésie créatrice dans les domaines des arts et surtout des lettres.
Ce film rend compte de cette effervescence culturelle et de la littérature, toute en nuances, de ce pays. Huit écrivains arabophones et quatre francophones la représentent et nous permettent de découvrir deux générations d’écrivains du Liban d’aujourd’hui : celle qui a connu la guerre civile de 1975 et celle qui y a vu le jour. Douze auteurs donc, qui, interrogés par Mohamed Kacimi, expriment les multiples sensibilités du Liban, ses géographies comme ses nombreuses communautés confessionnelles. »
Citons, par ordre d’apparition à l’image : Charif Majdalani (romancier), Alawiya Sobh (romancière), Rachid El-Daïf (romancier), Hassan Daoud (romancier), Tamirace Fakhoury (poétesse), Abbas Beydoun (poète), Imane Humaydane-Younes (romancière), Joumana Haddad (poétesse), Mohamed Abi Samra (romancier), Zeina Abirached (auteur de BD), Yasmina Traboulsi (romancière), Elias Khoury (romancier).


Conseils de lecture pour découvrir quelques-uns de ces auteurs

Vous pouvez aussi consulter la liste de conseils de lecture de la Bibliothèque de l’Institut du monde arabe disponible sur la plateforme Sens Critique pour découvrir une sélection de romanciers libanais francophones de la nouvelle génération :
Découvrir la nouvelle génération de romanciers libanais


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