Alphabet berbère -Tifinaghe

Notre réponse du 29/06/2018
Voici quelques éléments pour répondre à votre question.

Premièrement, il faut savoir qu’on ne peut avec assurance dater l’apparition d’une langue, mais uniquement ses premières attestations : il s’agira de textes écrits en cette langue, ou bien encore de citations, ou de certains mots de la langue en question présents dans des textes écrits dans une autre langue. Les premières attestations, directes ou indirectes, ne peuvent pas nous renseigner sur l’époque à laquelle une langue a commencé à être parlée.

Deuxièmement, si l’on parle du berbère du point de vue linguistique, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas d’une seule langue mais d’une branche de la famille chamito-sémitique (ou afro-asiatique) qui inclut les nombreux dialectes et parlers berbères d’aujourd’hui (rifain, chleuh, kabyle, touareg, nafusi, etc.) répartis sur une aire géographique immense (du Maroc jusqu’à l’Egypte et de la mer Méditerranée jusqu’au Mali et au Niger), mais aussi leur ancêtre, le libyque.
[Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_berb%C3%A8res » target= »_blank » rel= »nofollow »>« Langues berbères » sur Wikipedia ; le chapitre « Unité et diversité de langue berbère », dans Linguistique berbère : études de syntaxe et de diachronie / Salem Chaker. Paris-Louvain : Peeters, 1995, p. 7-19 ; S. Chaker, « Libyque : écriture et langue », dans Encyclopédie berbère, 28-29 / Kirtésii – Lutte [en ligne], mis en ligne le 01 juin 2013, consulté le 9 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/344]. 

Attestations écrites du berbère :

Le libyque, ce proto-berbère, est déjà attesté dans les documents de l’Égypte ancienne, écrits en hiéroglyphes et datant du milieu du deuxième millénaire avant notre ère.
L’égyptologue belge Frédéric Colin a consacré une partie de ses travaux à la comparaison des données linguistiques présentes dans ces documents hiéroglyphiques avec celles provenant des inscriptions libyques, puniques, latines et grecques de l’Antiquité classique. Cette comparaison, fructueuse, a permis à ce chercheur de mettre en évidence l’existence des premières traces d’une langue libyque près de mille ans avant l’apparition du libyque dans la documentation classique et d’introduire dans le langage scientifique la notion de « vieux libyque ». [COLIN, Frédéric, Les Libyens en Égypte (XVe siècle a.C. – IIe siècle p.C.). Onomastique et histoire. Vol. I : 1. Libyque et vieux libyque, 2. Vieux libyque et Libyens ; vol. II : Onomasticon (thèse de 3e cycle soutenue à Bruxelles en 1996). Voir, notamment, vol. I, p. 83 ; COLIN, Fréderic, « Le ‘vieux libyque’ dans les sources égyptiennes (du Nouvel Empire à l’époque romaine) et l’histoire des peuples libycophones dans le nord de l’Afrique », Bulletin archéologique du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, n. s., Afrique du Nord, fasc. 25, 1996-1998 [1999], p. 13-18, téléchargeable sur Academia.edu].

Quid alors de l’écriture proprement berbère ?

Période antique : écriture tifinagh

Selon Salem Chaker, spécialiste reconnu de la linguistique berbère :
« Les Berbères possèdent une écriture alphabétique (consonantique) qui leur est propre depuis la protohistoire. Les inscriptions les plus anciennes ont pu être datées du VIe siècle avant J.-C. (Camps 1978). Cette écriture est attestée durant toute l’Antiquité, aux époques punique et romaine. Le témoignage le plus explicite et le plus exploitable en est l’ensemble des inscriptions bilingues, punique/libyque puis latin/libyque. […] Dans l’état actuel des connaissances, on peut cependant admettre comme hypothèse raisonnable que sa disparition dans la zone Nord du monde berbère se situe entre le VIIe et le VIIIe siècle après J.-C., sans pour autant que soit exclue la possibilité de survivances locales. En revanche, son utilisation a perduré chez les Touaregs qui la dénomment tifinagh […] ». [CHAKER, Salem, « Libyque : écriture et langue », dans S. Chaker (dir.), Encyclopédie Berbère, vol. 28-29, p. 4395-4409. Voir aussi : CAMPS, G., 1996. « Écritures – Écriture libyque », Encyclopédie berbère XVII, p. 2564-2573].

Période médiévale et moderne :

« Très tôt après la conquête arabe et l’islamisation de l’Afrique du nord, les Berbères ont utilisé l’alphabet arabe pour noter leur langue. Les sources arabes (et les rares documents qui nous sont parvenus) attestent de la diffusion de cette pratique et de sa durée. Tous les royaumes islamo-berbères du Moyen Âge – dès le milieu du VIIIe siècle – ont utilisé l’alphabet arabe pour noter le berbère : Kharéjites (Rostémides, 750-909) de Tahert et les petites communautés ibadites qui en sont issues (Mzab, Ouargla, Djerba, Djebel Nefoussa), Barghaouata du Tamesna marocain (742-1148), Almoravides (1055-1146), Almohades (1125-1269)… pour ne citer que les plus importants » [voir CHAKER, Salem « Ecriture – Ecriture (graphie arabe) », dans S. Chaker (dir.), Encyclopédie berbère , vol. XVII] Tous les matériaux sur la langue berbère dans les textes arabes médiévaux ont été récemment soigneusement recensés dans une étude de Mohamed Meouak [voir : MEOUAK, Mohamed, La langue berbère au Maghreb médiéval. Leiden – Boston : Brill, 2015].

Période contemporaine :

La conquête française (notamment par le biais des travaux d’ethnographie, d’ethnologie et de linguistique) a introduit l’usage des caractères latins pour noter le berbère. L’alphabet berbère latin a été fixé en 1973 [voir Wikipedia]. 

Aujourd’hui, trois formes d’écriture sont répandues dans l’aire culturelle berbère :

– écriture en tifinagh, aujourd’hui réactivée et développée ;
– écriture en caractères arabes, dont l’usage est maintenu dans le Mzab et dans le Sud marocain ;
– écriture en caractères latins : généralisée en Kabylie, présente au Maroc, dominante dans l’ensemble de la recherche universitaire à l’étranger comme au Maghreb, toutes régions confondues.

Bibliographie : 
CHABOT, J.-B., 1940, Recueil des inscriptions libyques, Paris, Imprimerie nationale.
CAMPS, G., 1978. « Recherches sur les plus anciennes inscriptions libyques de l’Afrique du Nord et du Sahara », Bulletin archéologique du CTHS, n.s., 10 – 11 (1974-1975), p. 143-166.
CAMPS, G., 1996. « Écritures – Écriture libyque », Encyclopédie berbère, 17, p. 2564-2573.
https://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/2125
CHAKER, S., 2008, « Libyque : écriture et langue », Encyclopédie berbère, 28-29, p. 4395-4409 
http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/344

Eurêkoi – Bibliothèque de l’Institut du monde arabe

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