Bandes dessinées : quelle est la définition d’une BD pour adulte ?

Réponse apportée par Eurekoi Strasbourg, le 20 avril 2020

Image par Sarah Huerta de Pixabay


Vous cherchez la définition d’une bande-dessinée pour adulte.  Il n’existe pas vraiment de définition de cette catégorie à proprement parler.

On pourrait aisément penser que ce terme englobe essentiellement les BD érotiques mais en lisant les articles ci-dessous vous constaterez qu’il s’agirait là d’un raccourci. 
Il est en effet préférable de définir la BD adulte comme opposée à la bande-dessinée destinée à un public jeune.


Nous vous invitons à lire l’histoire de la BD dans cet article Bande dessinée issu de l’encyclopédie en ligne Larousse.

Dans le paragraphe intitulé “Expériences pilotes”, vous lirez que les premières BD pour adultes furent celles écrites et illustrées avec humour de second degrés et publiées dans les années 50 dans le magazine Mad aux Etats-Unis ainsi que celles écrites par Charles Shultz comme Peanuts. Plus tard on retrouvera ce type d’humour dans les revues illustrées française comme Hara Kiri.
“Pilote et Hara-Kiri répondent à l’attente d’un nouveau public. À noter que ce public vieillit, et que ses journaux favoris seront donc très vite tenus de vieillir avec lui : Hara-Kiri est presque tout de suite un journal pour adultes, Pilote le deviendra plus tard, au prix d’affrontements au sein de la rédaction, en 1968, qui aboutiront à la création par des dissidents du journal, au début des années 1970, du très adulte l’Écho des savanes.” Les héritiers de ces dessins caustiques sont à lire aujourd’hui dans des journaux comme Charlie Hebdo ou Le canard enchaîné par exemple.

Sous appellation BD pour adultes, on retrouve également les BD érotiques dès les années 1960 en France : “ Jean-Claude Forest, frappe un grand coup en 1964 avec Barbarella” Plus épanouies encore, les créatures de Georges Pichard (Paulette, avec Wolinski, en 1970, puis Blanche-Épiphanie, avec Lob, et enfin Marie-Madeleine de Saint-Eutrope, tout seul) vaudront maints ennuis à leur créateur. Plus érotiques enfin, plus suaves et plus froides, les figures féminines de l’Italien Guido Crepax (Valentina, Histoire d’O) ou de Milo Manara (le Déclic).”

La bande-dessinée pour adulte peut aussi se différencier de la BD jeunesse par sa forme : une illustration plus recherchée, l’apparition des romans graphiques… “Aux États-Unis, la bande dessinée s’émancipe également et ce sont des auteurs à part entière qui publient des œuvres nouvelles, pour adultes, proches de romans graphiques. Parmi les grands noms de cette mouvance s’inscrivent Justin Green, Robert Crumb (Fritz the Cat), Harvey Pekar ou Art Spiegelman (Maus).”


Vous pouvez également lire cet article très intéressant issu de la revue L’Elephant consacré à l’histoire de la bande-dessinée.
« L’histoire mouvementée de la bande-dessinée » par Vincent Bernière dans L’Elephant, N° 19, paru en juin 2017.

On y apprend d’ailleurs que les premières bandes-dessinées étaient destinées à un public adulte !
Concernant l’émergence des BD pour adultes aux Etats-Unis : « On croit souvent que la bande dessinée était d’abord destinée aux enfants. C’est faux ! Les bandes dessinées de Caran d’Ache publiées par Le Figaro à partir de 1895, les funnies américains comme le Yellow Kid, apparu en 1896 et qui fut effectivement le premier personnage de BD à s’exprimer régulièrement dans des phylactères (les bulles), sont d’abord destinés à un lectorat adulte. Aux États-Unis, les funnies sont représentatifs d’un moment important de la bande dessinée, appelé l’âge d’or de la bande dessinée américaine, qui prend racine au début du xxe siècle et s’éteint dans les années 1940. »

Concernant l’émergence du mouvement Comix Underground : « C’est en réaction à la Comic Code Authority que certains dessinateurs américains, sous la figure tutélaire de Robert Crumb, biberonnés au journal satirique Mad de Harvey Kurtzman, créent l’un des mouvements esthétiques les plus importants de l’histoire de la BD : les comix underground. En ajoutant un x à comic, ces dessinateurs issus des mouvements contestataires des années 1960 savent ce qu’ils font. Leurs préoccupations libertaires, autobiographiques et sociétales vont définitivement faire entrer la BD mondiale dans l’âge adulte. Bientôt, ce mouvement culturel traversera l’Atlantique. En France, Marcel Gotlib, Claire Bretécher et Nikita Mandryka créent L’Écho des savanes en 1972. »


Enfin, vous pouvez lire ce dossier sur les grands courants dans la BD issu de la revue Le Français Aujourd’hui et accessible en ligne via la plateforme Cairn (payant ou bibliothèques abonnées)
« Les grands courants de la bande dessinée » de Deyzieux Agnès, Le français aujourd’hui, 2008/2 (n° 161), p. 59-68. DOI : 10.3917/lfa.161.0059.

Le 3ème paragraphe est consacré à la bande-dessinée adulte dans la BD franco-belge : « Poussée par l’esprit libertaire de 1968, une génération d’auteurs, qui se sent trop à l’étroit dans les cadres imposés par la bande dessinée tournée vers le public jeune, va favoriser l’émergence de la bande dessinée adulte. Souhaitant aborder des sujets politiques ou sociaux, des auteurs vont, en particulier par la voie des magazines, créer cette nouvelle forme de bande dessinée.« 

Ces nouvelles BD pour adultes se feront d’abord connaitre à travers la presse.

« Gotlib, Bretécher, Mandryka, Druillet ou Moebius, autant d’auteurs qui revendiquent une liberté d’expression qu’un journal pourtant aussi éclectique et ouvert que l’était Pilote ne pouvait leur offrir. Ils vont donc fonder leurs propres magazines dans ces années 1970 (qui deviendront pour certains des maisons d’édition). En quelques années, toute une nouvelle presse pour adultes fleurit : ce sera l’Écho des Savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial, À suivre. »  

Puis quelques maisons d’éditions comme Futuropolis s’en feront une spécialité.
« Futuropolis incarne la possibilité d’une autre bande dessinée, artistique tant par la forme que par le fond, et définit la bande dessinée comme un média pleinement adulte, c’est-à-dire un véritable moyen d’expression et non pas un simple moyen de divertissement.plus bas un autre paragraphe explique le mouvement Comix et la BD Underground aux Etats-Unis « 

Le comix qui naîtra et s’épanouira dans la presse connait son heure de gloire pendant les années 1970. Ces fascicules underground se révèleront politisés, antimilitaristes, satiriques, excessifs, outranciers et s’imposeront comme l’expression d’une génération qui refuse toute contrainte. Des auteurs comme Crumb, Gilbert Shelton ou Vaughn Bodé se livreront à toutes les expérimentations graphiques et narratives.Les thèmes principaux sont l’humour, la pornographie, la science-fiction, le surréalisme graphique, le féminisme… Le mouvement disparait avec la fin de l’élan contestataire mais aura permis l’émergence d’une bande dessinée résolument adulte et remis à l’honneur la notion d’auteur « 



Pour conclure, on peut donc définir la bande-dessinée pour adulte comme une BD usant de l’humour caustique, du second degrés, abordant des sujets comme la politique, la violence ou le sexe et/ou usant d’une forme graphique plus recherchée, en tout cas différente de la BD classique ou pour public jeune.


Toujours une référence, le site et le catalogue de l’exposition Les maitres de la BD européenne organisée par la BnF en 2000.


Eurêkoi – Médiathèques de Strasbourg
https://www.mediatheques.strasbourg.eu/

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