Algérie-France : Je cherche de la documentation sur le volet militaire des accords d’Evian entre la France et l’Algérie.

symbole radiation danger
Symbole de radiation ( Trèfle. Public Domain. Wikimedia Commons.

Bibliothèque de l’institut de monde arabe, notre réponse du 20/20/2020

Suite de la question : Quels sont les accords concernant les essais nucléaires qui ont continué à avoir lieu en Algérie jusqu’aux essais déplacés dans le Pacifique? Est ce qu’il y a eu des compensations financières de la part de la France?

Il y a 60 ans la France effectuait son 1er essai nucléaire dans le désert algérien.


A propos des Accords d’Evian (signés le 18 mars 1962 entre la France et l’Algérie) : Il existe une importante documentation : livres, vidéos, thèses, articles de revues….

Voici quelques titres sélectionnés dans nos collections (à compléter par une recherche dans notre catalogue : http://bima-catalogue.imarabe.org/search/query?theme=bima)

L’Algérie à Evian : histoire des négociations secrètes : 1956-1962 
Rédha Malek Paris : Seuil , 1995.

Les accords d’Evian : histoire de la paix ratée en Algérie
Jérôme Hélie Paris : Olivier Orban, 1992.

Par ailleurs les Accords d’Evian sont accessibles en ligne sur le site de la Digithèque, matériaux juridiques et politiques, hébergée sur les serveurs de l’Université de Perpignan.


Installations militaires et essais nucléaires

Ces accords disposaient d’une clause militaire qui prévoyait, entre autres, que – « l’Algérie concède également à la France l’utilisation de certains aérodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nécessaires ».

Cette concession cachait des clauses tenues secrètes qui autorisaient l’armée française à utiliser pendant cinq ans les installations d’In Ecker (Centre d’expérimentations militaires des oasis), de Reggane (Centre d’expérimentations militaires du Sahara), de Colomb-Béchar (Centre interarmées d’essais d’engins spéciaux), de Hammaguir (base de lancement de fusées), ainsi que des aéroports.

Au total 17 essais nucléaires furent conduits en Algérie : – de 1960 à 1961 : 4 essais aériens à Reggane ; – de 1961 à 1966 : 13 essais souterrains à In Ecker. Noms de code : Gerboises bleue, blanche, rouge et verte. 

En 1961, la France abandonne les essais aériens à Reggane à la faveur d’essais souterrains à In Ecker, pour limiter la dissémination des déchets radioactifs dans l’atmosphère, anticipant par là même le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires signé en 1963 à Moscou.

Sources :  Wikipedia à la page essai nucléaire français Clause militaire de la page Wikipedia « Accord » d’Evian »

Sur la négociation autour des essais nucléaires dans les Accords d’Evian et de l’Algérie nouvellement indépendante et sur la parallèle sémantique avec le recours actuel au gaz de schiste au Sahara par le pouvoir algérien, voir :  « Sahara algérien — des essais nucléaires aux camps de sûreté » de Awel Haouati dans Ballast, le 28 juin  2017.


La question de l’indemnisation des irradiés :

Concernant la question plus précise de l’indemnisation d’Etat à Etat suite aux essais nucléaires français en Algérie, il n’y en a pas eu. Comme mentionné dans notre réponse ce sont uniquement des indemnisations de personnes qui ont été versées et parmi elles un seul Algérien en a bénéficié (les autres étaient des soldats ou des familles de soldats français).

Nous vous invitons à lire l’article très récent paru à ce sujet dans le blog de Médiapart et qui provient d’un article traduit de l’anglais en français :
« Essais nucléaires français en Algérie ; 60 ans plus tard, les retombées amères » par le Cri des peuples, publié le 17/02/2020.

En 2010, le sénateur Richard Tuheiava (Polynésie française – SOC) soumet une question au Sénat au sujet des essais nucléaires Français au Sahara algérien : http://www.senat.fr/questions/base/2010/qSEQ100212215.html

Enfin, la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français, aboutissement d’un travail long et approfondi, crée un régime de réparation intégrale des préjudices subis par les victimes des essais nucléaires réalisés par la France, entre 1960 et 1996, au Sahara et en Polynésie française, quel que soit leur statut (civils ou militaires, travailleurs sur les sites d’expérimentations et populations civiles, ressortissants français ou étrangers). […] Les demandes individuelles d’indemnisation sont soumises à un comité d’indemnisation, présidé par un conseiller d’État et composé notamment d’experts médicaux nommés conjointement par les ministres chargés de la défense et de la santé sur proposition du Haut Conseil de la santé publique. Le comité examine si les conditions de l’indemnisation sont réunies. […] L’indemnisation est versée sous la forme d’un capital, déduction faite des réparations déjà perçues par le demandeur à raison des mêmes chefs de préjudice.

Un site internet dédié a été mis en place : https://www.gouvernement.fr/comite-d-indemnisation-des-victimes-des-essais-nucleaires-civen où la démarche d’indemnisation est expliquée.

Dans le rapport d’activité 2018 : 1433 dossiers enregistrés entre janvier 2010 et le 31 décembre 2018 dont :
– 49 demandes de la « population algérienne »
– 239 de la population résidant en Polynésie française.
La zone Algérie concernait 438 demandes d’indemnisation.


Ressources en ligne (sélection)  : 

« Le document choc sur la bombe A en Algérie » dans Le Parisien, le 14/02/2014.

ONG Observatoire des armements : articles sur les essais nucléaires français en Algérie

Bibliothèque centrale du Service de santé des armées : « La Bibliothèque centrale du Service de santé des armées (BCSSA), au Val-de-Grâce, est une bibliothèque scientifique spécialisée dans la médecine en général et dans la médecine militaire en particulier. »
Par exemple ce titre signalé dans le catalogue du Sudoc –
Dossier de présentation des essais nucléaires et leur suivi au Sahara [DICOD] [Paris] : DICOD, cop. 2007.

« L’Algérie réclame une indemnisation pour les tests nucléaires français au Sahara« sur le site Sputnik, le 16/02/2017

« Du nouveau sur les essais nucléaires français du Sahara«  – site Histoire coloniale et post coloniale publié le 15 février 2014 (modifié le 2 août 2019) – Reproduit notamment la carte secret défense déclassifiée qui montre le périmètre géographique des irradiations

Blog Essais nucléaires en Algérie (Auteur non identifié, Big Archi)

Blog El Ayam2 : Opinion et témoignage personnels d’un citoyen algérien


Films documentaires

Le téléfilm Vive la bombe !, réalisé par Jean-Pierre Sinapi en 2006, relate cet événement vécu par des militaires irradiés lors de cet incident. Il a été diffusé sur Arte le 16 mars 2007 puis sur France 2 le 28 avril 2009 et à nouveau sur Arte le 10 février 2010.

Le film documentaire Gerboise bleue, réalisé par Djamel Ouahab et sorti en 2009, évoque largement cet accident, avec en particulier le témoignage poignant d’un rescapé.
Disponible à la Bibliothèque de l’IMA

Sorti en 2013, At(h)ome, documentaire de 53 min, réalisé par Élisabeth Leuvrey avec des photos de Bruno Hadjih, recueille les témoignages de populations exposées.
Disponible à la Bibliothèque de l’IMA

L’Algérie, de Gaulle et la bombe de Larbi Benchiha Rennes : Aligal Production [éd., distrib.], cop. 2010 
Disponible à la Bibliothèque de l’IMA

Le secret des irradiés
Sébastien Tézé, réal. ; Gérard Ruhot, Michel Verger, Noël Mamère… [et al.], participants [S.l.] : les Films d’un jour : Cityzen TV [prod.] ; [Paris] : l’Harmattan vidéo [éd., distrib.], cop. 2010

Livres

Les Irradiés de Béryl est un témoignage collectif de cinq auteurs paru aux Éditions Thaddée en 2010.

L’Affinité des traces : roman de Gérald Tenenbaum, évoque l’accident à travers les yeux d’une jeune secrétaire employée sur la base, qui choisit ensuite de vivre avec les Touaregs .

Théâtre : « L’Expérience » est un solo théâtral tiré du roman éponyme de Christophe Bataille. Joué à Paris, (Centre culturel algérien) le spectacle a également tourné en Bretagne. Un homme de 75 ans raconte comment il fut obligé d’être cobaye humain lors d’un essai nucléaire de la bombe française en Algérie en 1961…


Cordialement,
Eurêkoi – Bibliothèque de l’Institut du monde arabe

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