portrait photographique de Baudelaire par Etienne Carjat

Étienne Carjat [Public domain], via Wikimedia Commons

Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou antinaturelles des utopistes ne pourra être comparé à ces résultats positifs. ». En vous remerciant !

Notre réponse du 27/07/2017

Pour répondre à votre question, j’ai d’abord cherché dans la base de données Frantext mais sans trouver aucune trace de cette citation.
C’est le nom d’une base de données de textes français : textes littéraires et philosophiques, mais aussi scientifiques et techniques (environ 10%), développée et maintenue au sein de l’ATILF-CNRS (ex INaLF). Elle a été créée autour d’un noyau de mille textes, dans les années 70, afin de fournir des exemples pour le Trésor de la Langue Française. Elle est régulièrement enrichie et comporte près de 5 116 références (décembre 2016). Elle est la seule à proposer des recherches sur des textes qui vont de 950 à nos jours, avec un fonds contemporain particulièrement riche (1 026 textes sont postérieurs à 1950).

J’ai alors cherché dans Wikisource où j’ai trouvé l’extrait que vous citez. La difficulté à retrouver la citation venant probablement qu’il en manque une partie :

« Le monde va finir. [La seule raison, pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci : Qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel ? Car, en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du Dictionnaire historique ? Je ne dis pas que le monde sera réduit aux expédients et au désordre bouffon des républiques du Sud-Amérique, que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage, et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main. Non ; car ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges.] Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti-naturelles des utopistes, ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en chercher les restes, puisque se donner la peine de nier Dieu est le seul scandale, en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec la suppression du droit d’aînesse ; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croient avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême. »

Il s’agit d’un fragment des Fusées « Le monde va finir ». Vous pouvez ces « Journaux intimes » sur Gallica : la Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. Voir page 36 et 37

Dans un article de Guy Belzane, « Mon coeur mis à nu, livre de Charles Baudelaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juillet 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mon-coeur-mis-a-nu/
On lit ceci à propos des Journaux intimes :

« C’est en 1887, dans les Œuvres posthumes, que furent publiés pour la première fois, sous l’appellation de Journaux intimes, les trois ensembles de notes rédigées par Baudelaire entre 1855 et 1865 pour Fusées et Hygiène que Jacques Crépet rattache au premier recueil, et 1859-1866 pour Mon Cœur mis à nu. »
[…] « Quant à l’« agitation » métaphysique, qui transparaît à chaque page de Mon Cœur mis à nu, et, plus encore, de Fusées, elle témoigne sans doute moins d’un réel questionnement religieux que, là encore, du combat que mène Baudelaire contre les idéologies de son temps, perçues comme décadentes et médiocres dans leur matérialisme borné. Ainsi, la « théologie » baudelairienne, en particulier l’apologie de la théorie du péché originel, doit-elle se comprendre à la fois comme l’affirmation d’une permanence du Mal (toujours contre la foi dans le progrès), et, du point de vue esthétique, comme l’expression d’une aspiration au sublime ignorée par la modernité.
Ces aspects, souvent débattus, de la pensée baudelairienne, trouvent également leur place dans Hygiène et surtout dans Fusées, dont toute la dernière partie, notamment, est une charge violente contre la modernité et le « communisme » de la démocratie, auquel l’auteur oppose la solitude du poète. Au reste, même si la distinction des trois ensembles peut paraître artificielle (les feuillets étaient rassemblés à l’origine en une seule liasse), leur tonalité diffère sensiblement : plus pamphlétaire dans Mon Cœur mis à nu, plus moraliste dans les deux autres recueils, où la maxime tend à l’emporter sur la note rageuse, et la confession personnelle sur l’imprécation. »

Cordialement,

Eurêkoi – Bibliothèque Publique d’Information

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