Société : La gourmandise, un tabou social ?

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Bibliothèque publique d’information – notre réponse du 07/02/2018. Actualisée le 09/04/2021.

Vitrine d'une boulangerie avec grand choix de croissants, pains au chocolat exposés...
Image par Pexels de Pixabay


La gourmandise est une manière d’être, un mode de jouissance utilisant tant le mets que le mot. Ce penchant est cependant loin d’être une évidence acceptée de tous car, dès l’origine, l’interdit règne (Bible, lois diététiques, culte de la minceur…). Plaisir et souffrance alimentaires se sont longtemps entremêlés et s’entremêlent encore.


Mal vue, la gourmandise ? C’est la faute aux moines ! par France Inter émission « Grand bien vous fasse » d’Ali Rebeihi, le 03/04/2020.
Extrait :
La gourmandise des enfants conduit au péché de paresse au XVIIIe et au XIXe siècle. De nombreux contes moralisateurs mettent en scène des enfants gloutons. C’est une littérature assez culpabilisante qui va connaître son heure de gloire au XIXe siècle avec, par exemple, les livres de la comtesse de Ségur, où on punit les enfants gourmands. Les traités d’éducation du XVIIe et XVIIIe siècle contiennent des débats pour savoir si l’on doit récompenser ou pas un enfant avec de l’alimentation parce que dans le plaisir gourmand, il y a l’idée de récompense.


À(ré)écouter

SÉRIE Les sept péchés capitaux (8 épisodes) : Épisode 8 : La gourmandise par Anastasia Colosimo, FranceCulture, le journal de la philo, le 10/01/2019.
Extrait :
Dans les traités théologiques médiévaux, la gourmandise est liée à la corruption morale, à un mythique état de nature, depuis que le fruit de l’arbre interdit a été croqué par gourmandise selon Ambroise de Milan ou orgueil selon Augustin. L’idée qu’il s’agit donc du premier péché de l’homme occupe une bonne partie de la littérature sur le sujet.

La gourmandise est-elle un vilain défaut ? par Thibaut de Saint-Maurice, France Inter, lapetitephilo, le 30/01/2017.


Aspects psychanalytiques de la gourmandise

Gourmandise, histoire d’un péché mignon par Claude Fischler, Sciences Humaines 2008/8 (N°196), p. 17.
On voit donc que, au cœur de la question de la gourmandise gloutonne ou « friande » , il y a celle du partage, question évidemment fondamentale, primordiale sans doute, dans l’organisation sociale. Dans les sociétés paléolithiques, chez « man the hunter », ce sont des règles élaborées qui conduisent à la diffusion-redistribution des protéines animales entre les membres du groupe – sans quoi seul le bon chasseur aurait accès à la viande.

La gourmandise, une élaboration de la subjectivité de Virginie Fozières, Corps, 2008/2 (n° 5), p. 121-127.
Extrait :
Néanmoins, le plaisir du goût ne peut occulter ni son lien à la jouissance, ni l’interdit qui l’entrave et incidemment les notions de bien et de mal qui viennent parfois croiser le bon et le mauvais. Car la jouissance, même gourmande, ne peut être absolue. Elle se dérobe à elle-même, marque un impossible et tend à élever la gourmandise au fantasme d’une jouissance esthétique sans doute alimenté par celui d’une réplétion première, d’une jouissance originaire à retrouver.


Pour aller plus loin

La Gourmandise et la faim – Histoire et symbolique de l’aliment (1730-1830)
Jean-Claude Bonnet, Le livre de poche, Références, 2015.
Résumé :
C’est dans les livres de cuisine, dans l’Encyclopédie et dans les périodiques, que l’on voit la gastronomie se constituer, au cours du XVIIIe siècle, comme un fleuron de notre culture nationale. Sur cette question de l’aliment, de grandes œuvres littéraires – Rousseau, Diderot, Mercier, Chateaubriand – ouvrent des perspectives inédites. Mais la gourmandise à travers laquelle s’exprime un bonheur propre au siècle des Lumières, ne saurait faire oublier la question chronique de la « disette » et de la faim qui devient lancinante durant la Révolution, avant le retour tonitruant des plaisirs de la table.

Gourmandise. Histoire d’un péché capital
Florent Quellier, préface de Philippe Delerm, Armand Colin, 2010.
Présentation :
Florent Quellier ne laisse aucun aspect dans l’ombre, et la gourmandise le conduit à parler autant de quantité le pays de cocagne auquel il consacre de riches pages que de qualité, d’aborder la question du gras et celle du sucre, de la table des pauvres comme de celle des puissants. L’enquête est passionnante, appuyée sur des images qui démontrent plus qu’elles n’illustrent. Une belle réussite qui finit de convaincre le lecteur que, non, décidément, la gourmandise ne peut être un péché. (Lhistoire, mensuel 359, décembre 2010)


Eurêkoi – Bibliothèque publique d’information
www.bpi.fr


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