Bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe-notre réponse actualisée du 05/02/2026.

Selon le métaphysicien suisse Frithjof Schuon, l’œil a une correspondance particulière avec l’Intellect et se prête de ce fait, à des degrés divers selon les religions, au langage symbolique dans toutes les Révélations.
« Le symbolisme de la vision est universel (…) Le monde est une vision indéfiniment différenciée dont l’objet est en dernière analyse le Prototype divin de tout ce qui existe et inversement, Dieu est l’œil qui voit le monde (…) ; l’œil devient ainsi le centre métaphysique du monde dont il est en même temps le soleil et le cœur. »
(Source : L’œil du cœur par F. Schuon. Editions l’Age d’Homme-Delphica, 1995)
Durant l’Antiquité
Avant même l’apparition des religions monothéistes, et donc antérieurement à l’apparition de l’islam, l’œil constitue déjà un symbole puissant chez les peuples de l’Antiquité (partie orientale).
La part de l’œil : une ethnologie du Maghreb en France par Silmane Touhami – CTHS, 2010.
Extrait :
La croyance au pouvoir néfaste du regard existe depuis la plus haute antiquité, que ce soit chez les Grecs, les Hébreux ou les Égyptiens. La peur du regard, fenêtre de l’âme ou qui pénètre l’âme de celui qui est regardé est matérialisé par un talisman en forme d’œil ; elle est largement partagée en Méditerranée. comme par exemple dans l’ancienne Egypte (cf notamment l’oeil d’Horus, l’oeil oujdat, le soleil considéré comme l’oeil droit du dieu du ciel et lune comme l’oeil gauche).
Un rapport à la foi
D’après Malek Chebel, l’œil chez les Musulmans (`aïn) est directement en correspondance avec le cœur, c’est-à-dire avec la foi :
« Eh quoi (ces incrédules) n’ont-ils pas cheminé sur la terre ayant des cœurs avec lesquels comprendre et des oreilles avec lesquelles entendre ? Non ! ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles mais ce sont les cœurs dans les poitrines qui sont aveugles » (Coran, Sourate XXII, verset 45).
« voir » est ici synonyme de « comprendre« . Inversement la cécité est une métaphore de l’égarement.
Une croyance mystique
Chez les mystiques soufis la prégnance du symbolisme de l’œil a une force particulière car « la vision n’existe que reliée et soutenue par la contemplation ».
Dictionnaire des symboles musulmans par Malek Chebel, Albin Michel, 2001.
Résumé :
Les relations entre l’Islam et l’Occident constituent l’un des enjeux cruciaux de notre fin de siècle. Or, l’univers musulman demeure pour beaucoup un domaine inconnu et étranger. Avec ses 1 600 entrées, ses milliers de renvois et citations (notamment de sourates du Coran), sa bibliographie riche de 850 références, Le Dictionnaire des symboles musulmans est l’outil indispensable à tous ceux qui désirent pénétrer l’imaginaire profond de centaines de millions de croyants. Véritable encyclopédie de l’Islam, dans toute son histoire et sa diversité, avec ses schismes, ses maîtres et ses différentes écoles, cet ouvrage couvre les grands archétypes de cette tradition : nombres et couleurs symboliques, bestiaire, noms d’Allah, grandes figures coraniques, etc. Si une place privilégiée est faite à la tradition soufie, qui permet d’élever à la dimension mystique nombre de notions courantes, l’actualité n’est pas pour autant négligée, et les mots les plus employés par la presse occidentale (ayatollah, fatwa, chi’isme, voile, chari’a) sont ici définis et expliqués dans leur contexte. Plus qu’un ouvrage de référence, cette somme nous livre l’une des clés du temps présent.
Dans l’islam populaire on désigne par le « mauvais œil » le regard envieux ou négatif d’une personne vis-à-vis d’une autre afin de lui nuire. Il existe d’ailleurs une référence au mauvais œil dans le Coran à travers une sourate dite de protection qui permet de se protéger contre le « mauvais œil ». Les amulettes en forme d’œil sont destinées à se protéger contre le mauvais œil et plus généralement du malheur. La couleur de cette amulette en forme d’œil est souvent bleue car on attribue à cette couleur une vertu protectrice. Notons également que la couleur bleue est considérée comme un porte-bonheur chez les Hébreux.
Les symboles de l’Islam par Tanja al-Hariri-Wendel, Editions Guy Trédaniel, 2000.
Résumé :
Il n’existe pas de représentations symboliques dans l’Islam, contrairement aux autres civilisations. La symbolique islamique passe par l’expression de la foi notamment dans la prière, les pèlerinages, les jeûnes. Cet ouvrage a donc un propos différent des autres livres parus dans cette collection . il vous emmènera dans une découverte des sociétés et des cultes idolâtres préislamiques avant d’aborder ensuite dans sa partie principale le contenu de la foi et les enjeux de la révélation du Coran. L’auteur étudie, en s’appuyant sur des exemples caractéristiques et toujours actuels, les phénomènes de superstition. Vous disposerez ainsi d’une étude précise sur cette religion, étude enrichie de nombreuses citations du Coran et de la Bible qui souligne les points communs aux trois religions du Livre et qui met en évidence le fait que dans l’Islam aussi, religion et tradition suivent parfois des voies séparées.
Dans la mystique musulmane, le bleu (azraq), surtout quand il tire vers le noir, représente les profondeurs insondables de l’univers (Sources : Dictionnaire des symboles).
Au Maghreb on peut distinguer, selon l’anthropologue Slimane Touhami « deux racines à l’origine de son existence : une source antique et une source islamique. Sa place dans les anciennes cultures sémites fut très importante (…)
Les populations du Proche-Orient – en particulier les Phéniciens qui se sont installés, dès le 1er millénaire avant J.C. sur tout le littoral nord-africain (…) – auraient pu apporter avec eux cette croyance dans la région »
Dans l’oniromancie musulmane, l’œil qui apparaît dans un rêve est interprété comme l’œil de Dieu, qui regarde les hommes et surveille leurs actions.
Voir Dictionnaire de l’interprétation des rêves selon l’islam par Mohand Akkli Haddadou, Casbah éditions, 2011.
C’est en Turquie que l’œil de protection, l’œil bleu, est aujourd’hui le plus répandu. Ce talisman dénommé « nazar boncuk » repousse le mal, le malheur, protège la personne, son entourage et ses biens.
Les couleurs du « nazar boncuk » se composent ainsi, en partant du centre : bleu marine, bleu clair, blanc et bleu foncé (parfois jaune / cercle à bordure dorée.
Il est donc souvent désigné par « l’œil bleu ». Une autre dénomination qui lui est donnée est « l’œil de Fatima », du nom de la fille du prophète Mahomet. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord la main de Fatima est souvent combinée avec cette amulette. (Source Nazar Bonçuk de Wikipédia)
En Occidant
On retrouve également ce symbole en Grèce en Arménie avec le Matiasma.
Mauvais œil, wikipedia.org, 2025.
Extrait :
En Arménie (aussi en Grèce, on l’appelle alors Matiasma) et en Turquie, le Gabuyt Achk (Nazar boncuk en turc) protège du mauvais œil. Cet objet n’a pas de rapport avec la religion, souvent les gens le suspendent au rétroviseur avant de leur voiture ou le portent autour du cou.
D’une manière générale le bleu en Islam est associée à une couleur au mieux négative, au pire néfaste.
De la couleur chez les Arabes » de A. Bouhdiba, Cahiers de la Méditerranée, 1980.
L’historien Michel Pastoureau, spécialiste de l’histoire des couleurs en Occident rappelle lui aussi que le bleu était une couleur discréditée dans l’Antiquité occidentale.
Pour les Romains « c’était la couleur des Barbares » et avoir les yeux bleus était assez mal perçu. Ce n’est qu’au Moyen-âge qu’un renversement de perception et de valeur se produit pour désormais devenir la couleur préférée des sociétés européennes.
Histoire et symbolique du bleu par Michel Pastoureau au Forum des images, dailymotion.com, 03/04/2015.
Présentation :
Cours de cinéma de Michel Pastoureau, historien médiéviste spécialiste de la symbolique des couleurs. Cycle « Bleu ».
Dans le monde arabo-musulman, l’œil bleu fait partie de ces symboles traditionnels qui ont résisté à la modernité et aux influences culturelles venues d’ailleurs. De la Turquie à l’Iran, de l’Arménie à la Grèce et au Maghreb ce talisman continue d’être utilisé pour protéger les maisons, les voitures, les commerces et les personnes.



Le bleu est profond (mer), le bleu est le calme, reposant par rapport à sa couleur complémentaire le jaune qui représente le soleil et qui a beaucoup d’énergie. Le bleu va vers l’intérieur par rapport au jaune qui est actif vers l’extérieur.
Le bleu aspire au recul, à la réflexion, à la confiance, à la force, à la stabilité, à la méditation…
Le bleu est profond (mer), le bleu est le calme, reposant par rapport à sa couleur complémentaire le jaune qui représente le soleil et qui a beaucoup d’énergie. Le bleu va vers l’intérieur par rapport au jaune qui est actif vers l’extérieur.
Le bleu aspire au recul, à la réflexion, à la confiance, à la force, à la stabilité, à la méditation…
‘L’ocho de dios » des indiens est toujours présent en Amerique latine