gravure portrait de Belinsky 1843

Vissarion Belinsky by K Gorbunov 1843 [Public domain], via Wikimedia Commons

Notre réponse du 09/12/2016

Dans un article de l’Encyclopaedia Universalis consacré à Biélinski on lit ceci à propos de la lettre à Gogol :

[…] « Par là même, Biélinski est bien plus qu’un critique : un prophète, un de ceux qui voient dans le présent le sens de l’avenir, qui comprennent et qui crient. Schelling ne le satisfait pas longtemps. Hegel, pour lequel il s’enthousiasme en 1838-1840, le ramène à la réalité. Identifiant, avec son nouveau maître, le réel et le rationnel, enivré d’avoir compris le sens de l’histoire, Biélinski commence par chanter les louanges de l’autocratie russe, étape « rationnelle » de l’histoire russe, prône l’art non engagé, professe le caractère inconscient de la création artistique. Mais, dès 1841, il a trouvé sa voie. Champion des occidentalistes les plus radicaux, il sera jusqu’à la fin leur porte-parole, tout en admettant que l’existence des slavophiles répond à un besoin.
Violent en parole et dans ses lettres (socialisme, amour « à la Marat » de l’humanité, vertu de la guillotine), Biélinski se fait à la fois âpre et prudent dans ses écrits pour défendre les grandes idées qui lui sont devenues chères : dignité de la personne humaine (c’est le thème essentiel), foi dans le progrès, subordination de l’art, rôle éminent de l’écrivain dans l’éveil et la prise de conscience de la société. Ce sont ces convictions qui donnent tout son sens à la fameuse lettre de Biélinski à Gogol du 15 juillet 1847, grand moment dans l’histoire de la pensée russe, où s’affrontent deux conceptions opposées du progrès social. Gogol avait prêché publiquement l’acceptation de l’ordre établi et son amélioration par le perfectionnement intérieur et individuel de l’homme ; Biélinski, sans chercher à le comprendre, sans même, probablement, être capable de le comprendre, l’accuse d’avoir trahi la mission de l’écrivain russe et lui oppose son programme de réformes, antitsariste et anticlérical : aucun perfectionnement individuel n’est possible dans une société dont les institutions sont mauvaises. Circulant en nombreuses copies clandestines, la lettre de Biélinski (dont la lecture publique, deux ans plus tard, causera la perte de Dostoïevski) est le premier manifeste du mouvement révolutionnaire russe et, pour près de soixante ans, la charte de l’intelligentsia. » […]

Dans un autre article de l’Encyclopaedia Universalis, cette fois-ci consacré à Dostoïevski une raison est donnée de la condamnation à mort de ce dernier :

[…] « il fréquente (Dostoïevski) ses réunions. Mais il préfère un autre cercle, celui de Dourov, plus socialiste et d’inspiration chrétienne. Dostoïevski estime en effet que le socialisme est la forme pratique que prend le christianisme à l’époque contemporaine. Aussi n’est-il pas gêné pour donner lecture dans les deux cercles d’une lettre de Biélinski à Gogol, subversive et, de plus, furieusement anticléricale, mais opposant aux Églises le Christ. Il parla aussi contre la censure et, avec fougue, contre le servage. Mais, après les arrestations, ce fut surtout pour avoir lu la lettre de Biélinski qu’il fut condamné à mort avec plusieurs de ses « complices ». Les malheureux n’apprirent qu’en face du peloton la grâce de l’empereur. À l’un deux, l’épreuve coûta la raison ; Dostoïevski en fut marqué pour la vie. Dans la nuit de Noël 1849, il traversa la ville en fête, en route vers la Sibérie. » […]

Voir aussi l’article Vissarion Belinski ou Bielinski dans l’encyclopédie Wikipedia et en particulier la citation bibliographique de ce texte :

Wanda Bannour, Les Nihilistes russes : textes choisis de N. Tchernychewski, N. Dobrolioubov, D. Pisarev, Paris, Aubier Montaigne, coll. « Bibliothèque sociale », (1re éd. 1974), 270 p., chap. 1 (« Lettre à Gogol par V. Belinski »)
voir sa notice dans le Sudoc

Cordialement,

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