Pourquoi Sainte Lucie est-elle représentée portant ses yeux sur un plateau ?

Je suis en Sicile et j’ai pu voir à de nombreuses reprises des tableaux , parfois avec sainte Lucie parfois non, deux yeux sur un plateau. J’ai lu qu’elle est « porteuse de l’épée et de la lumière  » mais l’image de ces yeux sur une coupelle est très surprenante. J’aimerais en connaître l’origine et la signification…

Sainte Lucie par Domenico Beccafumi

Domenico Beccafumi [Public domain], via Wikimedia commons

Sainte Lucie ou Lucie de Syracuse est une vierge et martyre née vers 283 et morte lors de la persécution de Dioclétien vers 304 (voire 303 ou 310 selon les sources).

Les sources

Pour bien comprendre l’histoire de sainte Lucie, il faut distinguer les sources officielles et les sources légendaires.

Les sources officielles reconnues par l’Eglise concernant la vie de sainte Lucie sont le Bréviaire et le Martyrologe romain. 
Le récit légendaire de le vie de sainte Lucie est diffusé par La Légende dorée de Jacques de Voragine et provient des Actes grecs et latins de sa vie.

Pour ce qui est des sources officielles, nous retiendrons que Sainte Lucie était issue d’une noble et riche famille de Syracuse. Les actes de son martyre rapportent qu’elle s’était consacrée au Christ, avait décidé de donner ses biens aux pauvres et de renoncer au mariage.
Le fiancé auquel Lucie était promise (contre son gré) décida donc de la dénoncer au consul de Syracuse qui la fit emprisonner puis décapiter après échec de toute tentative pour l’emmener dans un lupanar, la violer ou la brûler vive.

L’iconographie

La plus ancienne représentation de sainte Lucie est une mosaïque de l’église Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne (VIème siècle) consacrée aux vierges et sur laquelle sainte Lucie figure sans attributs. L’iconographie liée à sainte Lucie provient d’épisodes légendaires de sa vie. Cette iconographie est constituée de trois éléments : une paire d’yeux, une lampe ou des cierges, et une épée.

La paire d’yeux

Le motif des yeux portés sur un plateau n’apparaît pas avant le 14ème siècle et illustre un aspect tardif de la légende. La mère de Lucie souffrait d’un flux de sang incurable. De plus, on disait aussi qu’une nuit de prière sur la tombe de sainte Agathe, patronne de Sicile, permettait de grands prodiges. Lucie alla donc avec sa mère à Catane pour prier sur le tombeau de sainte Agathe. En priant pour la guérison de sa mère, Lucie s’endormit et vit sainte Agathe lui dire : « Lucie, ma sœur, pourquoi me demander ce que ta foi a pu obtenir par elle-même ? Ta mère est guérie. Tu seras bientôt la gloire de Syracuse comme je suis la gloire de Catane. »
En remerciement, Lucie décida de faire don de tous ses biens et de sa dot aux nécessiteux. Elle décida de consacrer sa vie aux pauvres. L’homme à qui elle était promise en mariage (contre la volonté de Lucie) n’apprécia pas du tout ce comportement. Il continuait de la presser. Lucie lui aurait demandé pourquoi il tenait tant à elle ; il lui aurait répondu : « Vos yeux ! » 
Lucie s’arracha les yeux avec un petit couteau et après les avoir mis sur un plat, elle les porta à tâtons à son fiancé. La Vierge Marie aurait ensuite rendu ses yeux à Lucie.

La lampe

Au 14ème siècle, Pietro Lorenzi attribue à sainte Lucie une lampe et des yeux qu’elle porte sur un plateau (église Santa Lucia Frole Rovinate à Florence). Il est dit que Lucie apportait la nuit des provisions aux chrétiens qui se cachaient dans les grottes. Comme il faisait nuit, elle avait besoin de bougies pour s’éclairer et comme elle portait de la nourriture et de l’eau, elle avait besoin de ses deux mains. Elle fabriqua une couronne sur laquelle elle fixa des bougies.
Le nom de Lucie, dérivé du latin lux (la lumière) explique certains aspects de son culte : par exemple, le 13 décembre, jour de la saint Lucie, en Europe du Nord, des jeunes filles couronnées de cierges annoncent l’approche du solstice.
D’autre part, une croyance développée au Moyen Age, et que La légende dorée ne rapporte pas, provient du fait qu’il y a un lien entre l’étymologie du prénom Lucie et l’invention d’une torture liée à ses yeux, lien que l’on retrouve matérialisé sous la forme d’une lampe ou de cierges pour évoquer la lumière.
Enfin, selon certaines sources, la lampe fait allusion à la lumière divine.

L’épée

Il est dit que lorsque l’on tenta de brûler Lucie, les flammes n’eurent aucun effet et qu’elle continua à chanter les louanges de Dieu. Alors, une épée fut enfoncée dans la gorge de Lucie, qui ne mourut pas tout de suite : un prêtre eut le temps de lui porter la communion avant qu’elle ne rendît l’âme.
 

La bibliographie

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, je vous conseille de consulter les livres suivants :

Dictionnaire iconographique des saints
Bernard Berthod, Elisabeth Hardouin-Fugier, L’Amateur, 1999

Les saints. Repères iconographiques
Rosa Giorgi, Hazan, 2003

Saints et symboles : les clefs pour décrypter
Rosa Giorgi, La Martinière, 2011

La Bible et les saints
Gaston Duchet-Suchaux, Michel Pastoureau, Flammarion, 2006

Grand livre des saints : culte et iconographie en Occident
Jacques Baudouin, CREER, 2006

La légende dorée
Jacques de Voragine, Editions Diane de Selliers, 2009

Cordialement,

Eurêkoi – Bibliothèque Publique d’Information

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