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Les animaux possèdent-ils des sentiments ?

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    Bibliothèque de la Cité des sciences et de l’industrie – notre réponse actualisée le 13/08/2025.

    Chien de race caniche tenant une rose rouge dans sa gueule
    anncapictures de Pixabay

    Depuis 2015, l’animal est enfin reconnu comme « un être vivant doué de sensibilité » avec l’article 515-14 du Code civil.
    On a longtemps cru que les hommes avaient le monopole des sentiments mais grâce aux recherches scientifiques et neurobiologiques, on a désormais accès à une meilleure compréhension des capacités cognitives des animaux. Il nous est impossible, à présent, de nier le fait que de nombreuses espèces animales peuvent ressentir des émotions, voire même certains sentiments  – le sentiment étant la capacité à établir une relation de cause à effet entre l’émotion et son origine .

    Petite histoire d’une évolution de notre regard sur la sensibilité animale

    L’origine philosophique du dénigrement de l’animal

    Le déni de tout sentiment à l’animal s’est fondé sur une théorie, celle théorie des animaux-machines établie par Descartes. Selon cette théorie, il faut considérer que l’animal ne possède ni âme ni conscience.
    Le site dicophilo.fr explique brièvement cette théorie dans l’article animal-machine : Définition.

    Première critique

    Dès le XVIIIème siècle, le philosophe utilitariste Jérémy Bentham critique cette idée que les animaux n’auraient aucune sensibilité.
    Pour une analyse de sa pensée :
    « Nous, animaux et humains. Actualité de Jeremy Bentham », de Tristan Garcia : le grand chambardement du « nous » par Roger-Pol Droit, lemonde.fr, 22/09/2022
    Extrait :

    Quand on dit « nous », c’est souvent le clan, la tribu, le coin d’où l’on vient – histoire de se retrancher, de désigner les autres comme étrangers. Le terme peut aussi, en élargissant le propos, en lui donnant sa plus grande extension, vouloir dire « nous », les humains, les êtres doués de raison – face à « eux », les animaux, bêtes, brutes, formes de vie différentes et dissemblables. En fait, cette ancienne manière de dire ne fonctionne plus, elle s’est chamboulée et déréglée, avec des conséquences très profondes, certaines encore mal discernées. C’est ce que montre Tristan Garcia.

    Considération contemporaine de la sensibilité animale

    Divers penseurs aujourd’hui, suivant la voie de Bentham, remettent en cause la prééminence que l’homme s’est longtemps accordée au sein de la nature (depuis la fameuse « échelle de la nature » venant d’Aristote), et proposent de repenser l’animal, ainsi que notre rapport à lui.

    Épisode 25/82 : Élisabeth de Fontenay, philosophe de la cause animale provenant du podcast Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth, radiofrance.fr, 08/03/2019.
    Extrait :

    Portrait d’Élisabeth de Fontenay, philosophe, dont l’œuvre est traversée par des questionnements sur la condition animale, la mémoire de la Shoah et récemment le handicap de son frère : comment est-elle venue à cette philosophie de la marginalité ? Quels rôles y ont joué ses amitiés, son héritage ?

    La théorie des animaux-machines, aujourd’hui discréditée, n’a fait que justifier, pendant des siècles, des traitements sans considération ni sensibilité à l’égard des animaux et de leur bien-être.
    Par ailleurs, cette vision a bien évidemment été alimentée et renforcée par la société de consommation qui a toujours préféré considérer l’animal comme une marchandise, limitant ainsi la relation entre l’homme et l’animal à un rapport d’utilité.
    Voir à ce sujet :  https://www.fundacion-affinity.org/fr/chiens-chats-et-personnes/les-emotions-chez-les-animaux

    Approche scientifique de la question :

    Sur la mesure des émotions par les biologistes :

    Comment mesurer les émotions chez les animaux ? par Lucille Bellegarde, planet-vie.ens.fr, 10/05/17.
    Présentation :
    Cet article expose différents indicateurs de mesure des émotions des animaux : changements comportementaux et physiologiques (qui permettent avant tout de cerner l’intensité des émotions ressenties par l’animal) mais aussi biais cognitifs pour mesurer la valence de cette émotion (son caractère positif et négatif).
    Extrait :

    « Les indicateurs comportementaux et physiologiques décrits ci-dessus sont très utiles, mais sont souvent plus indiqués pour détecter l’intensité d’une émotion (forte ou faible) que sa valence (positive ou négative).
    Par exemple, la fréquence cardiaque augmente lorsque l’animal a peur, mais également lors de l’anticipation de la distribution d’un aliment. Du point de vue du bien-être animal, c’est la valence qui est la mesure clé. En effet, pour améliorer le bien-être de nos animaux d’élevage, il est essentiel de réduire les émotions négatives et d’induire le maximum d’émotions positives. »

    Pour une approche éthologique des émotions et de la conscience animale :

    Toutes ces émotions que les animaux ressentent comme nous par Isabelle Taubes, psychologies.com, mise à jour 19/05/2022
    Extrait :

    Un animal peut-il réellement exprimer des sentiments si humains ? Comment percevoir la vision du monde d’un loup, d’un éléphant ou d’une souris ? S’ils ne peuvent pas nous dire à quoi ils pensent, leurs cerveaux peuvent le montrer, grâce aux scanners. Et ces instruments prouvent qu’ils vivent les mêmes émotions primaires (tristesse, bonheur, colère, crainte) que nous. Il est désormais avéré que des mécanismes neuronaux similaires aux nôtres sont à l’œuvre également chez des créatures aussi peu familières que les vers ou les écrevisses.

    Qu’est-ce qui fait sourire les animaux ? : enquête sur leurs émotions et leurs sentiments par C. Safina, O. Demange, Vuibert, 2018.
    Résumé :
    Le biologiste rapporte ses observations d’éléphants du parc Amboseli au Kenya, de loups du parc de Yellowstone, et d’orques du Pacifique Nord. Etudiant leurs comportements, il démontre qu’ils sont doués de sentiments et d’émotions.

    À quoi pensent les animaux ? : comportements, cognition, émotions de C. Baudoin, B.Cyrulnik, CNRS, 2019 .
    Présentation :
    Une introduction à l’éthologie, étude comparée des comportements animaux et humains, pour mieux comprendre le fonctionnement des sociétés et du monde biologique. Le comportement est mis en parallèle avec l’évolution, la cognition, les émotions et les sentiments. L’auteur réfléchit également aux applications possibles dans le secteur économique, ainsi qu’aux enjeux éthiques et philosophiques.

    Pour aller plus loin sur les impacts juridiques :

    Régime juridique de l’animal, fondation-droit-animal.org.

    Les limites à l’évolution de la considération juridique de l’animal : la difficile conciliation des intérêts de l’homme et de ceux des animaux par Lucille Boisseau-Sowinski, revue Tracées, 2015.


    Eurêkoi – Bibliothèque de la Cité des Sciences et de l’Industrie



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