Photographie des toits du Temple de Confucius de Pékin

Temple de Confucius de Pékin, By Laurent Bélanger [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons

Et depuis quelle époque date cette tradition? Merci pour vos renseignements.

Réponse apportée le 03/25/2014  par Les Médiathèques d’Issy-les-Moulineaux, révisée le 25/09/2017

D’après nos recherches ce sont d’abord les quatre angles des toits qui ont été relevés, pour des raisons pratiques. Au fil du temps ces courbes se sont développées, pour des motifs esthétiques et symboliques, associés alors aux édifices prestigieux.

Pour l’éclairage et l’écoulement des eaux

Nous avons cherché les références sur « architecture chinoise » à la Bnf, et nous avons trouvé la réponse la plus directe dans le livre : « La maison chinoise » de Liu Dunzhen qui est aussi sur GoogleBooks, avec une illustration explicative.

« D’un point de vue technique, les Han Orientaux [25 à 220] utilisaient déjà des murs de brique et relevaient, en les courbant, les rives des toits pour augmenter l’éclairage intérieur et discipliner l’écoulement des eaux, c’est l’origine des toitures à angles relevés. »

Evolution et accentuation des courbes

Sous les Han tardifs (25-220) les toits sont inclinés, mais avec des coins relevés. Voir une illustration
Une peinture murale, datant de 709, représente déjà un toit complètement relevé (Tombe du Prince Yide ; représentation des murs de Chang’an). 
Il semblerait que des toits courbes des pagodes se soient multipliés à partir de la Dynastie des Song (960-1279). Voir à ce sujet l’article Chinese pagoda du wikipedia anglais ainsi que cet article de l’Institut d’études bouddhiques : Du stûpa indien à la pagode d’Extrème-Orient

La courbure : pour relier au ciel

« Le développement considérable des toitures en Chine est dû au fait que l’entrée ne se trouve pas sous un pignon, mais au milieu d’un long côté, c’est-à-dire au milieu d’un des murs gouttereaux. Il était nécessaire d’alléger l’aspect de cette toiture, et les architectes chinois y réussirent en donnant la préférence à la toiture brisée et – cela à partir d’une certaine époque – en courbant légèrement les bords du toit qui semble alors suspendu aux quatre coins par des fils invisibles ». (citation de Article « Chine – Arts » L’édifice chinois/ Encyclopédie Universalis.)

On peut noter que les édifices chinois allient les références à la terre (par l’usage du carré) et au ciel (par le cercle). Le toit courbe participe peut-être à ce symbolisme, comme le suggère un article qui décrit ainsi la tradition architecturale chinoise : “a sweeping roof that challenges the sky, built on a massive foundation rooted in the earth”  soit : un toit courbé qui défie le ciel, construit sur une fondation massive enracinée dans la terre .

Dans « Chinese Symbolism and Art Motifs » (Charles Alfred Speed Williams ; Tuttle Publishing 1989), l’auteur relève que ces toits ressemblent à ceux des tentes, ce qui évoquerait les peuples nomades ancestraux.
Il ajoute que cet angle serait même un impératif rituel donné dans le « Rites des Zhou » 周禮 (soit au moins depuis le troisième siècle AVJC selon l’âge attribué généralement à ce texte). Néanmoins le seul extrait pertinent que nous avons trouvé dans le周禮 évoque la construction du dais d’un char, et non pas celle du toit d’une maison.

« Les ouvriers des roues font les dais placés sur les chars […]. On demande que le dessus de l’arc soit élevé, et que sa courbure soit basse. Si le dessus est élevé et si la courbure est basse, alors l’arc rejette l’eau rapidement et la gouttière est éloignée de la personne qui est sous le dais. »

La courbure : réservée aux édifices prestigieux

Article Wikipedia

Architecture chinoise« La mode, en Chine, des toits aux angles fortement relevés remonte au moins au XIe siècle et signale traditionnellement le monde des élites. »

L’article en anglais précise qu’il y a 3 types de toits chinois : à inclinaison simple, à inclinaison multiples, à bords relevés (ce dernier cas utilisé pour les temples et les palaces, et parfois les maisons riches).

La courbure : pour faire fuir les esprits.

Une explication adventice serait la superstition : selon une croyance chinoise, les mauvais esprits se déplacent uniquement en ligne droite, et les motifs courbes les empêchent d’approcher. Cette explication est traditionnellement donnée pour les ponts construits en zigzag dans les jardins, et parfois mentionnée pour les toits.
La Chine hermétique. Superstitions, Crime et Misère / Dr J.-J. Matignon ; Librairie orientaliste Paul Geuthner 1898. Texte en ligne 

6 Bizarre Ways Architecture Is Designed to Ward Off Ghosts
On peut d’ailleurs déduire que l’illustration est inexacte  : les mauvais esprits ne sachant pas prendre les virages, ils ne sont donc pas éjectés mais simplement bloqués.

Pour aller plus loin

Une classification des toits chinois classiques, tirée de A Pictorial History of Chinese Architecture/ Liang Sicheng. (L’ouvrage est disponible au Prêt entre Bibliothèques)

Cordialement,
Eurêkoi – Médiathèques d’Issy-les-Moulineaux

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