Histoire : Le président Bourguiba s’intéressait-il à l’archéologie ?

Bibliothèque de l’Institut du monde arabe – notre réponse du 17/01/2022.

Buste de Bourguiba dans son mausolée.
Buste de Bourguiba dans son mausolée © Habib M’henni / Wikimedia Commons

À la question de savoir si Habib Bourguiba, 1er président de la Tunisie indépendante, s’intéressait à l’archéologie, c’est de son rapport à l’histoire dont il s’agit.
Plus particulièrement de son attachement pour l’histoire antique de son pays, marqué par un héritage punique et romain qui laissèrent à la Tunisie un patrimoine archéologique très important.
Que sait-on réellement de cet intérêt ?

L’intérêt prononcé du président Bourguiba pour l’archéologie

Pour commencer, une anecdote

Il semble en effet que, bien avant l’indépendance, le futur président tunisien ait eu un intérêt pour l’archéologie.

Chedli Klibi, homme politique tunisien proche de Habib Bourguiba, rapporte une anecdote édifiante à propos du rapport à l’histoire antique du président.
Alors que le président du Conseil italien Amintore Fanfani lui rendait visite, celui-ci, en évoquant le destin tragique de Jurgurtha lui déclare : « En somme monsieur le Président vous êtes un Jugurtha qui a réussi ! ». Très content de cette remarque Habib Bourguiba lui répondit affirmativement.
Consulter à ce sujet l’ouvrage Habib Bourguiba : radioscopie d’un règne
Chedli Klibi, éditions Déméter, 2012 (p. 179).

Notons également que très vite, quelques mois après l’indépendance de la Tunisie, l’Institut national d’archéologie et d’art est créé à la suite de la Direction des Antiquités qui existait sous le protectorat français. Il prendra en 1993 son nom actuel d’ Institut national du patrimoine (INP).


Des ressources sur le sujet

Un article de Aissa Lotfi évoque cet intérêt précoce :
« Tout au long de la période précoloniale les missions archéologiques françaises menées en Tunisie, ont contribué largement à préparer le pays à la colonisation, alors que dés l’établissement du protectorat les pratiques de représentations cartographiques, de l’archéologie et de l’épigraphie ont bien affermi la mise sous tutelle occidentale de la Tunisie. C’est là peut être que l’on devrait saluer une initiative peu connue entreprise par des jeunes nationalistes tunisiens et pas des moindres (Habib Bourguiba, Bahi Ladghem, et Taieb Mhiri…) de répertorier et d’étudier, dans le cadre de l’association des anciens élèves du collège Sadiki, les épitaphes arabes du cimetière d’al-Gorgâni, projet bloqué par les autorités coloniales et repris bien plus tard par le regretté Mostafa Zbiss. »
Aux origines d’une antiquité tunisienne retrouvée : L’archéologie coloniale par Aissa Lotfi, site Nawaat Magazine, publié le 24/06/2011.  

On peut également cité l’étude de Rim Yazidi sur les Personnages illustres dans la monnaie tunisienne de 1956 jusqu’à 2010 :  Fonctions et apports, revue Communication & Organisation, N° 45, 2014.
Cette étude explique que « sur le dinar tunisien de 1969 Habib Bourguiba [est représenté] à l’avers et Jugurtha au revers (…) Ce Jugurtha bourguibien semble réaliser la synthèse entre les deux mythes de fondation et créer une dialectique temporelle et spatiale entre passé et présent, Carthage, la Numidie et Rome. »
À consulter en ligne sur OpenEdition Journals.



Pour une histoire de l’archéologie en Tunisie vous pouvez consulter cet ouvrage dans lequel Habib Bourguiba est bien entendu cité :
L’archéologie en Tunisie : XIXème-XXème siècle : jeux généalogiques sur l’Antiquité 
Clémentine Gutron, Editions Karthala, 2010.
En passant par Google books vous pourrez repérer les passages dans lesquels Bourguiba est mentionné.

Alain Messaoudi propose une analyse de cet ouvrage : Gutron Clémentine, L’archéologie en Tunisie (XIXe-XXe siècles). Jeux généalogiques sur l’Antiquité, dans la Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n° 130, 2012, accessible sur OpenEditions Journals.


Pour aller plus loin…

Les savoirs archéologiques au Maghreb : un débat entre François-Xavier Fauvelle, Kahina Mazari, Meriem Sebaï et Ahmed Skounti, mené par Clémentine Gutron, revue Perspective, n°2, 2017.
Consultable en ligne sur OpenEdition Journals.

La construction patrimoniale tunisienne à travers la législation et le journal officiel, 1881-2003 : de la complexité des rapports entre le politique et le scientifique, par Myriam BachaIn, L’Année du Maghreb, Volume IV, 2008.

D’imposants vestiges des civilisations antérieures ont pu être conservés grâce au nomadisme, par Noël Duval, Monde diplomatique, mai 1969.

Carthage : après l’outrage, par Catherine Simon, Le Monde, le 30/03/2011.
« L’ancien président Ben Ali et d’autres riches Tunisiens ont acquis des terrains sur ce site archéologique proche de Tunis, afin d’y construire résidences ou immeubles de luxe. Le nouveau gouvernement veut « arrêter le massacre ». »


Compléments d’information

La réponse à la question complémentaire : « L’architecture du Palais Présidentiel de Carthage reflète-t-elle ses intérêts pour l’histoire antique du pays? » est négative.
En effet, le palais a été construit après l’indépendance, à la demande de H. Bourguiba, par l’architecte franco-tunisien Olivier-Clément Cacoub, en trois tranches sur une période étalée de 1960 à 1969, et s’inspire d’une architecture arabo-andalouse. Le complexe du palais couvre une superficie totale de 38 à 40 hectares. Dans l’enceinte du palais se situe le site archéologique appelé « fontaine aux mille amphores ».
Source :
Article Palais présidentiel de Carthage, Wikipédia.


Eurêkoi – Bibliothèque de l’Institut du monde arabe


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