Fra Angelico, l'Annonciation, circa 1430

Fra Angelico, l’Annonciation, circa 1430 [Public domain], via Wikimedia Commons

Réponse apportée par Eurekoi Strasbourg, le 2 mars 2018

Voici une réponse de notre collègue E.C. du centre d’illustration de la médiathèque Malraux à Strasbourg.

Nimbe et Auréole peuvent être utilisés comme synonymes et relèvent globalement de ce que l’on appelle la « gloire » : « ornement que les artistes, peintres et sculpteurs mettent, soit autour de la tête, soit autour du corps de quelques personnages » (Didron), les deux sont des halos lumineux entourant le corps ou la tête d’un personnage mis en valeur.

Pour la plupart des auteurs, la différence semble se situer sur la surface concernée : uniquement la tête ou le corps entier. D’après l’ouvrage « Iconographie chrétienne : histoire de Dieu » par Adolphe-Napoléon Didron, paru à l’Imprimerie royale en 1843 et que vous pouvez lire en ligne sur la bibliothèque numérique Gallica, le « nimbe » est ainsi un disque lumineux qui entoure la tête uniquement, tandis que l’« auréole » peut, quant à elle, concerner le corps entier. 

Cela dit, Didron semble assez seul dans cette interprétation puisque par l’étymologie d’autres auteurs sont moins catégoriques. La plupart attribuent les deux symboles à la tête que ce soit le « nimbe », issu de « nimbus » ou nuage, ou l’« auréole », issu du latin « aureola corona » ou couronne d’or, à la tête uniquement.
Mais le fait que le nimbe ait une origine plus ancienne, associée au disque solaire (iconographie des rois solaires indo-iraniens, adoptée ensuite par les empereurs byzantins) ainsi qu’à la nuée sur laquelle se déplace certains dieux ou aux rayons de soleil encadrant leur corps ou tête (l’art grec peu être considéré comme l’époque de la systématisation du nimbe) peut tendre à inverser l’attribution, voire à considérer que le nimbe est un terme plus juste et en fait globalisant. L’ouvrage de référence sur le nimbe est celui de Marthe Collinet-Guérin, « Histoire du nimbe : des origines aux temps modernes » ( Nouvelles éditions latines, 1961), que vous pourrez trouver dans des bibliothèques spécialisées comme la Bibliothèque Forney à Paris. L’intérêt du travail de Mme Collinet-Guérin est d’embrasser très largement la question tant historiquement (depuis le « pré-nimbe » identifié jusqu’à l’art de la préhistoire) que géographiquement (art asiatique ou océanique et pas uniquement l’art chrétien) : le « nimbe » est clairement pour cet auteur le concept générique, ensuite décliné en diverses formes et donc significations codifiées par le temps et le contexte culturel (vous pourrez lire un compte-rendu de lecture de 1863 en ligne sur Persée qui vous éclairera sur le contenu de ce livre, vous incitant peut-être à le consulter).

Aussi, dans le « Lexique des termes d’art » de Jules Adeline (1885 – réédition par les Editions bibliomanes en 2014), les définitions sont les suivantes :

Auréole : « L’auréole, en terme d’art, est un cercle lumineux entourant la tête des personnages divins ou des saints représentés sur les tableaux ou sur les verrières. Parfois les sculpteurs placent aussi au-dessous de leurs figures des cercles dorés ou ornés d’étoiles pour représenter les auréoles. Mais la véritable dénomination de ces disques est celle de nimbe. »
Nimbe : « cercle lumineux que les peintres et les sculpteurs placent sur la tête des saints. (voy. Auréole) Il existe aussi des nimbes triangulaires, orlés, festonnés, rayonnants, crucifères et de différentes couleurs suivant la qualité des saints personnages »

Une distinction est cependant faite par certains auteurs récents, comme Matilde Battistini dans l’ouvrage « Symboles et Allégories » de la collection « Repères iconographiques » / « Guide des Arts » (éd. Hazan, 2004) qui considère l’auréole comme le terme globalisant en en donnant la définition « une source lumineuse, diversement colorée, qui entoure le corps ou la tête des êtres supérieurs » mais en précisant que « Dans la religion chrétienne, elle est un signe caractéristique de la divinité. On distingue le nimbe et l’aura, le premier entourant la tête de l’être divin, et la seconde, le corps. ». Mais il est aussi possible qu’il s’agisse d’une question de traduction étant donné que l’ouvrage est traduit de l’italien.

Il est à noter également qu’une des formes du nimbe ou de l’auréole dans l’art chrétien est la mandorle, de forme oblongue comme une amande et qui intègre en effet le corps entier du Christ ou de la Vierge.

Bref, la différence entre les deux termes semble « nimbée » de mystère (sic) et il semble plus correct de les considérer actuellement comme synonymes, c’est d’ailleurs ce que font la plupart des dictionnaires comme le CNRTL, le Littré, le Trésor de la langue française, ou encore le Larousse, mais ayant connu des trajectoires différentes, le terme « nimbe » relevant assurément d’un vocabulaire spécialisé, tandis que celui d’ « auréole » est passé d’avantage dans la langue courante, au risque de confusions et incertitudes.

En espérant vous avoir apporté des éléments de réponse

Cordialement,

Eurêkoi – Médiathèques de Strasbourg

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