Culture : Quels sont les grands auteurs arabes et maghrébins qui ont traité du thème de l’amour ?

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Bibliothèque de l’Institut du monde arabe – notre réponse du 13/12/2021.

Histoire D’ali Ben-Bekar et de la Belle Schamsennahar © Léon Carré, Bibliothèque nationale de France / Gallica

L’amour fait partie des thèmes récurrents de la littérature arabo-musulmane, porté par la puissance de la langue arabe.
Selon Mohammed Arkoun :
« Les Arabes du désert, les hommes de lettres, les plus hautes intelligences, les théologiens, les sages, les mystiques… se sont prononcés sur les causes, les manifestations, les degrés, les objectifs de l’amour » (Encyclopédie de l’Islam, article `Ishk, pp 124-125).
Des dizaines de termes existent en arabe pour dire le sentiment amoureux, le désir et la passion, notamment 14 mots qui décrivent les différents degrés de l’amour, de « l’attirance » jusqu’à « la folie ». 
La société arabe ancienne, marquée par la séparation des sexes, est une « civilisation de la pudeur » (Malek Chebel) et valorise l’amour courtois. L’amant, le guerrier, le héros, se doivent d’être avant tout poète pour toucher le cœur de l’aimée. Bien avant l’avènement de l’islam puis tout long de la période classique les poètes et prosateurs arabes rivalisent de créativité et d’expressivité pour évoquer l’amour et toutes ses déclinaisons. L’expression de l’amour chaste et platonique coexiste avec la production de textes érotiques (al-Jahiz), d’histoires d’amour légendaires ou populaires (notamment dans les Mille et Une Nuits), de textes mystiques (Ibn Arabi) ou philosophiques (Ibn Hazm).
Focus sur les grands penseurs qui ont traité du thème de l’amour.


Anthologie de la culture arabo-musulmane sur l’amour

Anthologie d’ Histoires d’amour dans l’histoire des Arabes choisies, traduites et présentées par Jean-Jacques Schmidt Sindbad.
Résumé :
« Puisée dans l’énorme corpus de la prose arabe classique, la présente anthologie s’adresse au grand public et se limite, à deux exceptions près, aux récits fondateurs portant sur les premiers temps de la littérature arabe, entre le VIe et le VIIIe siècle. »


Épopée de l’amour dans l’Arabie préislamique

Les amours d’Antar et Abla traduits par Bernard, Isabelle & Rabadi, Wael, Orients éditions, 2019.
Présentation éditeur :
« Antar, poète reconnu de l’Arabie antéislamique, est encore très célèbre aujourd’hui comme héros d’une épopée que les conteurs récitaient encore récemment dans les cafés du monde arabe. Devenu légendaire, son amour contrarié pour sa cousine Abla a inspiré de nombreux artistes – dont Lamartine – et continue à être repris dans de nombreux films et feuilletons. […] »


Textes de la littérature arabe classique et poésie

Mon cœur est fou d’une proche voisine.
Me voici pris, je ne suis plus que peine,

Déchirement, et toi, sous qui s’inclinent
Mon âme et mon esprit, tu es la reine :
La référence historique reste l’histoire de Qays et Layla, connue sous le nom de Majnûn Layla (Le fou de Layla), une histoire d’amour impossible, comme celle de Roméo et Juliette :

Le Fou de Layla : le diwan de Majnûn
trad. de l’arabe, présenté et annoté par André Miquel ; calligraphies de Ghani Alani Sindbad, Actes-Sud, 2016.
Présentation de l’éditeur :
« Sous ce nom (le Fou, ou le Fou de Laylâ : Majnûn Laylâ) se cache un jeune homme, Qays ibn al-Mulawwah, qui n’a peut-être jamais existé. D’entrée de jeu, il s’agit d’un inextricable duo entre histoire et légende. La première nous dit qu’au désert d’Arabie, dans la seconde moitié du VIIe siècle, circulent des poèmes chantant un amour parfait et impossible. (…) « Qays, de la tribu des Banû ‘Amir, qui tombe amoureux de sa cousine Laylâ. Tout devrait concourir à leur bonheur : ils n’ont aucune crainte quant à l’accord de leurs familles, portées, comme les autres, à ce type de mariage entre cousins.
Mais voilà… Qays est poète, et il décide de chanter son amour à tous vents. Ce faisant, il enfreint une règle majeure du code bédouin. Dès lors, tout s’enchaîne : le refus de la famille, le mariage forcé de Laylâ, son départ de la tribu, Qays sombrant dans la folie et allant vivre avec les bêtes du désert, sa mort enfin, d’épuisement et de douleur. »

Dîwân Jamîl Buthayna 
Jamîl ibn Ma’mar (texte en arabe), Beyrouth : Dar Sader
L’histoire lyrique d’un grand amoureux, Jamîl, le fou de Buthayna. 

Poèmes d’amour
`Omar ibn Abi Rabi`a ; édité et traduit par Odette Petit, Publisud, 1993.
Célèbre pour ses poésies amoureuses, il voua toute sa vie à Thorayya, une jeune femme issue de l’aristocratie hedjazienne. Sur Thorayya il écrit:
« Ses beautés m’ont ravi le cœur : pureté de son cou de gazelle, ou s’enroule une rangée de perles. Finesse d’une taille sous laquelle s’épanouissent des rondeurs bien pleines, dessinant les courbes des collines. Eclat du visage, vrai soleil parmi les nuages, disparaissant, majestueux, quand descend le soir. Dents espacées d’une bouche aux gencives rouge sombre, douce dont le goût ne rappelle aucune saveur connue. (…) »

Cent un ghazals amoureux
Hafez de Chiraz ; traduit du persan, présenté et annoté par Gilbert Lazard, Gallimard, 2010.
Présentation éditeur
« Hâfez est le plus célèbre et le plus aimé des poètes lyriques de langue persane. Après six siècles de gloire, il est encore aujourd’hui le charmeur incomparable. On visite son tombeau à Chiraz comme on va en pèlerinage et on consulte le recueil de ses poèmes comme un oracle.
Le ghazal, poème d’amour par définition, transporte le lecteur dans un monde fictif peuplé et meublé de tout un personnel et tout un matériel symboliques. On y rencontre des amoureux éperdus, des idoles irrésistibles, des gardiens inflexibles, des jardins paradisiaques, pleins de fleurs merveilleuses et d’oiseaux enchanteurs, envahis de brises parfumées et de zéphyrs messagers. L’Amour est la vraie piété
. »

Les sept cités de l’amour
Farid al-Din Attar, Albin Michel, 2013.
Présentation éditeur :
« Les Sept Cités de l’amour rassemble cent des plus beaux poèmes (ghazals) que ‘Attâr a consacrés au thème intemporel de l’amour. Amour mystique, mais aussi amour charnel, amour-passion dans lequel l’âme se perd pour mieux se retrouver. Il s’agit d’un aspect majeur de l’œuvre du grand maître soufi, jusqu’alors complètement inédit en français.
Ce texte superbe est suivi d’un important essai historique et spirituel sur la mystique de ‘Attâr, Rûmî et Ibn ‘Arabî, par le grand spécialiste Michael Barry
. »

De l’amour et des amants : collier de la colombe sur l’amour et les amants traduit de l’ arabe, présenté et annoté par Gabriel Martinez- Gros Sindbad, 1992 – Réédition Actes Sud, 2009.
Présentation :
« L’amour est une fitna, une sédition, une guerre civile. Aimer, c’est choisir, contre tous les autres, un seul être qui se distingue par l’amour même qu’on lui porte. C’est donner un sens singulier aux gestes, aux signes, aux mots. Car l’amant est un étranger au pays du partage, un barbare travesti dans la cité, hostile à ses lois, à ses usages. Et quelle force, sinon l’amour, serait en mesure de tisser dans la mémoire des liens qui uniraient les hommes, après avoir su rompre ceux du quotidien ? “L’amour commence en plaisanterie et s’achève gravement.” Ainsi commence ce traité universel qui mêle réflexions, souvenirs et poèmes pour évoquer, des prémices de la passion à la trahison, la séparation ou… l’abstinence, toutes les péripéties d’une relation amoureuse.» 


Quelques grands textes de l’amour mystique

Traité de l’amour
Ibn Arabi ; introduction, traduction de l’arabe et notes par Maurice Gloton
Albin Michel, 1986 (Collection Spiritualités vivantes)
Résumé :
« Ardent mystique considéré comme le maître du soufisme, Ibn al-Arabî (1165-1240) rédigea « Les Conquêtes mecquoises », cet immense corpus dans lequel s’insère « Le Traité de l’amour », entre 1203 et 1240. Dans cette oeuvre magistrale, l’Amour est envisagé sous toutes ses formes, naturelle ou physique, spirituelle et divine. Ibn al-Arabî les expose d’une manière particulièrement vivante en amoureux accompli qui a lui-même vécu et goûté intimement ces états, et illustre son propos de poésies de toute beauté, d’anecdotes de saints musulmans aussi bien hommes que femmes, en décrivant les différents attributs des amants véritables.
Il rapporte également les diverses perspectives sur l’amour qui ont été présentées avant lui par d’autres maîtres et poètes authentiques. Maurice Gloton, traducteur et présentateur expérimenté des grands soufis, s’est efforcé de rendre le ton profondément original de ce joyau de la littérature spirituelle universelle. »

Rûmî : la religion de l’amour
Jalal al-Din al-Rumi , Points éditions, 2011.
Mohammad Jalâl al-dîn Rûmî (1207-1273) fut l’un des poètes les plus inspirés de la littérature persane et l’un des mystiques les plus incandescents de l’islam spirituel. 

Poèmes mystiques
Hussein Mansour Al- Hallaj ; calligraphie, traduction de l’ arabe et présentation par Sami- Ali Sindbad , 2006.
Présentation éditeur :
« Fulgurante figure de la mystique en Islam, Hussein Mansour al-Hallâj appartient à cette rare pléiade de poètes pour qui la poésie fait un avec la pensée. Cela ne saurait se produire que si la poésie est sublime et la pensée profonde. Cependant, puisque Hallâj est avant tout un mystique, un des plus grands de tous les temps, l’unité de la pensée et de la poésie chez lui trouve sa justification dans une expérience de la totalité qui sert à exprimer une relation unique à l’Unique. »


La littérature et la calligraphie arabes célébrant l’amour 

Amour et passion 
Jalâl ud-Din Rûmi et Salah Moussawy, Éditions Bachari, 2005.
Résumé :
« Tracer les formes de l’Amour avec son calame, maints calligraphes s’y sont essayés pour partager l’essence du mot et l’exprimer dans le signe qui lui donne un nouveau souffle, une autre vie. Calligraphier l’Amour c’est entrer dans la ronde de la lettre et de l’esprit en une danse sensuelle qui unit le calligraphe au poète, le calligraphe au mystique. Salah Moussawy, en se replongeant dans les vers inégalés du grand mystique Jalal ud-Din Rûmi, nous fait redécouvrir dans cet ouvrage les doux tourments de la quête divine à travers de magnifiques calligraphies. »

Douze méditations sur l’amour 
Muhammad Ibn Ali Muhyi al-Din Ibn `Arabi et Lassaâd Metoui, Lassaâd, Dervy éditions, 2014.
Traité sur l’amour dans la religion islamique, dans son triple aspect divin, spirituel et naturel.


Quelques titres de la littérature érotique

Les Mille et Une Nuits : contes érotiques
Van Dongen, Kees (illustration) & Mardrus, Joseph Charles (traduction) & Saiah-Baudis, Ysabel Hazan, 2012
Une sélection de contes teintés d’amour et d’érotisme, avec les illustrations du peintre d’origine néerlandaise Kees Van Dongen (1877-1968).

Les délices des coeurs ou Ce que l’on ne trouve en aucun livre
Ahmad ibn Yusuf ibn Ahmad al-Qays i al-Tifasi, Phébus, 1998.
Président éditeur
« Récits érotiques d’un des grands conteurs du Moyen Age arabe, Al-Tifachi (1184-1253), esprit cultivé et voyageur, s’intéressant à toutes les bizarreries du comportement humain, et particulièrement à celles de l’amour. »

Le Jardin parfumé : manuel d’ érotologie arabe : XVIe siècle
Cheikh Nefzaoui ; choix des illustrations et calligraphies de Lassaâd Métoui, Paris- Méditerranée, 2003.

Les Fleurs éclatantes dans les baisers et l’accolement
Ali Al-Baghdādī ; traduction intégrale sur les manuscrits arabes par René R. Khawam, Albin Michel, 1973.

Ephèbes et courtisanes 
Al- Jahiz ; traduction de l’ arabe par Maati Kabbal ; préface et notes de Malek ChebelParis : Rivages, 1997.
Présentation éditeur
« Dans cet éloge des éphèbes et courtisanes al-jahiz (776-869) a exhumé une partie du patrimoine érotique arabe. Il est l’inventeur d’un genre littéraire (adab), sur lequel repose l’ensemble de la littérature classique arabe.Ce livre rare et inattendu apporte une vision originale de la richesse de l’imaginaire érotique arabo-musulman tel qu’il a survécu, depuis les origines, à travers tous les aléas de l’histoire. »


Textes de la période moderne et contemporaine 

Le bréviaire arabe de l’amour
Ibn Kamal Pacha, Ahmad ibn Souleiman Philippe Picquier éd., 1998.
Résumé :
« Livre écrit au début du XVIe siècle à la demande du sultan Sélim Ier. Son auteur a compilé toute la science de son temps, héritée des Grecs, de la Perse et de l’Inde, retravaillée par la médecine arabe, pour venir en aide à son maître devenu impuissant. Le texte mélange volontiers les genres : méditations, recettes, contes, récits, poésie. »

Souviens-toi ramier : contes d’amour kabyles présentés et édités par Tassadit Yacine
Edition Non lieu, 2017.
22 contes recueillis dans les villages de la Kabylie dans les années 1980.

Lexique amoureux
Adonis, Gallimard, 2018.
Un recueil sur le thème de l’amour par l’un des plus grand poètes arabes contemporains.


Pour aller plus loin…

L’amour dans les pays musulmans
Fatima Mernissi- Albin Michel, 2009
Résumé :
« Dans les pays musulmans, l’amour a été l’objet de nombreux traités de penseurs arabes. En mêlant humour et savoir historique, F. Mernissi rappelle l’importance de la beauté et de la séduction et revient sur les clichés et les fantasmes afférents aux courants islamistes. A l’écoute des évolutions numériques, elle traduit ces changements médiatiques comme une chance pour l’Orient et l’Occident. »

L’amour des garçons en pays arabo- islamiques XVIe- XVIIIe siècle
Khaled El- Rouayheb ; traduit de l’ anglais (États-Unis) par Dimitri Kijek, EPEL, 2009.
Résumé :
« On savait depuis des siècles que l’homosexualité masculine était honorée ou pratiquée dans la culture arabo-islamique. Des voyageurs occidentaux l’avait évoquée, des romans ou des études l’ont parfois décrite ou y ont fait allusion, mais il n’y avait jamais eu jusqu’alors de recherche approfondie ou systématique sur le sujet. Par ce travail qui réunit un grand nombre de données issues de textes poétiques, théologiques, coraniques, historiques, juridiques et littéraires, Khaled El-Rouayheb comble une importante lacune de notre savoir sur l’érotisme masculin dans le monde arabo-islamique à l’aube de notre modernité. »

Le Kama-Sutra arabe : deux mille ans de littérature érotique en Orient
Malek Chebel, Paris : Pauvert, 2006.
Un ouvrage très bien documenté et présenté qui traite de tous les genres d’amours, à commencer par l’amitié amoureuse.
« Certains textes étant traduits ici pour la première fois, le Kama-sutra arabe, qui tient autant de L’art d’aimer d’Ovide ou de De l’amour de Stendhal que du Kama-sutra indien, est d’abord un hymne à l’amour sous toutes ses formes, exploré, sans complexe ni tabou.»


EurêkoiBibliothèque de l’Institut du monde arabe 


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