Un personnage en regarde un autre et son esprit se retrouve soudain dans l’autre corps (s’opère notamment par le regard)
photographie d'axolotls dans un aquarium

Axolotls By Orizatriz (Own work) CC BY-SA 3.0


Notre réponse du 14/04/2016 
A première vue j’aurais qualifié ce glissement de métempsychose, voir la définition de l’article de Wikipedia mais son application à la nouvelle de Julio Cortazar Axolotl complique encore un peu les choses même si l’on reste dans le domaine du mysticisme oriental.
La métempsycose ou métempsychose est le passage, le transvasement d’une âme dans un autre corps, qu’elle va animer.

Je vous conseille de lire cet article qui traite à plusieurs reprises du sujet (voir citations). L’auteur Fanfan Chen emploie le terme de permutation
« Julio Cortázar : fantastique et mysticisme oriental » Fanfan Chen
Études littéraires Volume 42, numéro 2, été 2011, p. 161-179
Cet article essaie de mettre en lumière la présence occulte du mysticisme oriental dans les récits de Julio Cortázar, lieux d’un équilibre délicat entre la littérature et le sentiment vécu de frisson fantastique. Pour commencer, je propose une vue générale sur le fantastique, le mysticisme et Cortázar. Je propose ensuite une exploration sur la structure formelle et spirituelle de trois schèmes avec l’hypersensibilité qui conduit au « non-je ». Enfin, je proposerai une lecture de l’absence de causalité logique qui débouche sur une rhétorique mystique et donne forme à l’écriture fantastique de Cortázar. https://www.erudit.org/revue/etudlitt/2011/v42/n2/1011527ar.html

 
Voir en particulier les passages suivants :
17
« Axolotl » est un exemple du non-dualisme appliqué à l’individu. C’est un récit typique qui rend ce schème manifeste. C’est un trigramme du type : le « je » est un autre dans l’espace ici et le temps ici. Dans ce récit, le narrateur autodiégétique qui observe devient finalement l’objet observé, dans ce cas-là, l’axolotl. C’est une narration à l’instar du conte de Zhuang Zi, « Zhuang Zhou rêve d’un papillon » que Cortázar avait certainement lu, comme on l’a vu plus haut. Le discours dans le récit du maître chinois est philosophique. Zhuang Zi met en question la certitude du « je » qui rêve de « l’autre » (le papillon) en opposant « l’autre » qui rêve du « je ». Dans la création narrative de Cortázar, cette question devient l’histoire fantastique d’une cohabitation du « je » et « l’autre » jusqu’à maintenir une réalité non-dualiste. « Continuité des parcs » est un autre récit qui met en jeu le non-dualisme. Le lecteur du roman est peut-être un personnage dans le roman lu par un autre lecteur.
26
Dans ses récits, il essaie de laisser ouverte cette porte par le recours aux sensations. Une hypersensibilité de l’un ou plusieurs des six sens (les cinq sens plus le sixième sens, l’esprit), perçue par les personnages, crée ces « moments interstitiels » où la réalité et l’irréalité se rejoignent.
27
En général, le concept de la réincarnation est accepté par le mysticisme oriental. Les âmes circulent entre les différents êtres à partir des animaux. Le souffle et l’animation sont souvent liés pour qualifier les peintures et écritures qui donnent presque une vie aux couleurs ou aux caractères qui sont en réalité immobiles. Le passage de l’inanimé à l’animation appartient au non-dualisme.
37
Dans les récits de Cortázar, les personnages désignés par des pronoms personnels illustrent une idée implicite de groupe. Le « je » dans « Axolotl », le « il » de « La nuit face au ciel » ou le « je » qui écrit une lettre au « tu » dans « Lettre à une amie en voyage » sont simplement des signes d’actants dans la syntaxe des récits.
38
Dans un groupe, un individu se métamorphose en un autre comme les personnages des récits. On peut tout simplement prendre le récit « Continuité des parcs » pour illustrer cette idée. Le lecteur « il » se transforme en un autre « il » qui est le lecteur dans le roman enchâssé dans le récit. Ou bien le « je » devient « il » dans « Axolotl ». Un nom peut aussi se métamorphoser en un pronom personnel comme l’échange de nom d’« Alina » en « elle » dans le récit « La lointaine ». C’est une perpétuelle permutation qui se produit entre les êtres, les choses et les individus représentés. Les personnages sont tous liés dans une sorte de « constellation humaine », ils forment des groupes ou des couples dans différentes combinaisons qui sont déterminées par le destin[53].
Cordialement,

Eurêkoi – Bibliothèque Publique d’Information

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