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Comment sommes-nous passés du système des noms romains aux noms et prénoms actuels ?


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    Médiathèque de Troyes Champagne Métropole – notre réponse du 16/02/2026.

    Penny Richards, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

    L’étude des systèmes de noms appartient au domaine de l’anthroponymie. Le dictionnaire du CNRTL définit l’anthroponymie comme une « branche de l’onomastique ayant pour objet l’étude des noms de personnes ». En s’appuyant sur les recherches de ce champ d’études, les bibliothécaires Eurêkoi vous proposent de parcourir l’évolution des systèmes de noms en France.

    Les systèmes anthroponymiques historiques

    Les noms gaulois

    Paul Fabre, professeur émérite de linguistique française et romane, démontre que les noms gaulois sont « les premiers noms de personnes qui ont laissé des traces sur notre sol ». Toutefois, leurs traces ont aujourd’hui disparu de l’anthroponymie française (Les Noms de personnes en France de Paul Fabre, Presses universitaires de France, 1997).

    Le système anthroponymique gaulois reposait sur le principe du nom unique.

    En effet, le système anthroponymique gaulois était fondé sur le nom unique, la présence d’un patronyme – au sens propre, c’est-à-dire d’un nom dérivé à partir du nom du père – étant possible mais non obligatoire. Les Gaulois étaient donc appelés simplement Galba « le Gros », Artos (de « ours »), Cintugenos « Premier né », Diuogenos « Fils de Dieu », Vercingetorix « Chef des guerriers d’élite » ou Arvernorix « Roi des Arvernes ».

    L’onomastique comme enjeu : réflexions du point de vue linguistique, sociolinguistique et historique par Catherine Taine-Cheikh, Projet Sauvegarde et Valorisation du Patrimoine Culturel Mauritanien, Actes du 1er Colloque International sur “ Le patrimoine culturel mauritanien ” (Nouakchott les 29, 30 Nov. et 1er déc. 1999).

    Les noms latins

    Après la conquête de la Gaule par Jules César, les notables gaulois puis le reste de la population adoptent progressivement des noms latins.

    Le système des noms romains est extrêmement élaboré. L’enfant recevait à sa naissance un prénom (praenomen) ‒ Lucius par exemple ‒ suivi du nom de la gens (nomen gentilicum), signe de l’appartenance à un groupe social connu. S’y ajoutaient le patronyme, soit le nom du père au génitif suivi de filius (fils de), et le cognomen, souvent en -o, -onis, surnom du fondateur de la famille qui, transmis à sa descendance, formait ce que l’on appelle aujourd’hui « le nom de famille » : PLANTIUS (« Pied plat »), GRACCHUS (« le Geai »), AGRICOLA (« le Laboureur »)…

    Histoire des noms de famille français : De leur formation à leur disparition de Xavier Deniau, L’Harmattan, 2021.

    Au IIIe siècle, la complexité du système anthroponymique romain pousse la population gallo-romaine à revenir au système du nom unique.

    Pourtant, dès le IIIe siècle, l’aspiration à un système moins lourd se fait sentir et les Gallo-Romains reviennent au système gaulois du nom unique. Entrent à cette époque dans le répertoire anthroponymique des noms profanes, hérités du latin, souvent de la forme en -ius servant à établir généralement les gentilices (FULIUS, MARIUS, MAURICIUS, etc.) et des noms chrétiens, noms propres tirés de la Bible, noms de saints ou noms rappelant des dogmes religieux, des fêtes, des rites, etc.

    Histoire des noms de famille français : De leur formation à leur disparition de Xavier Deniau, L’Harmattan, 2021.

    Paul Fabre note que « dans l’anthroponymie française, [les noms latins] ont survécu, sous la forme de noms de baptême ou de noms de famille (et ils ont survécu parce qu’ils furent portés par les premiers chrétiens et surtout par les saints), mais cette survie dans notre onomastique s’inscrit dans un système anthroponymique tout à fait différent de celui que connaissaient Rome et la Gaule gallo-romaine. » (Les Noms de personnes en France de Paul Fabre, Presses universitaires de France, 1997).

    Les noms germaniques

    À la fin de l’Antiquité, l’arrivée de peuples d’origine germanique, comme les Francs ou les Wisigoths, contribue au retour en grâce du nom unique.

    Les Grandes Invasions, qui ont causé l’effondrement de l’Empire romain, ont donné lieu à d’importantes migrations de peuples. Tous ces peuples avaient un système anthroponymique semblable (le système du nom unique) ; c’est ce système qui s’implanta sur notre sol à partir du Ve siècle pour y concurrencer le système gallo-romain.

    Les Noms de personnes en France de Paul Fabre, Presses universitaires de France, 1997.

    Cependant, le retour au nom unique ne s’explique pas uniquement par l’influence des peuples germaniques. Dans son article Se nommer, être nommé et intégrer le monde romain. À partir de la documentation gauloise (Onomastique, droit et politique 64 | 2012-2, p. 69-90), l’historien Laurent Lamoine cite d’autres facteurs liés à ce phénomène :

    L’Antiquité tardive est marquée par une crise du système trianominal, qui affecte tous les milieux de la société, et par un retour au nom unique. […] Les historiens ont avancé plusieurs explications pour comprendre le retour en grâce du nom unique, qui relèvent de l’histoire juridique comme de l’histoire des mentalités. Ils insistent sur une influence du christianisme que l’on sait attaché à l’égalité entre les hommes, le nom unique traduirait cette parité. De même, ils soulignent le rôle de la Constitution de Caracalla de 212, qui étend la citoyenneté romaine à l’ensemble des habitants libres de l’Empire, dans la déliquescence du système élaboré à la fin de la République et développé sous le Haut-Empire. L’installation dans l’Empire de groupes militaires, prétendument germaniques, redynamisant une onomastique de type pérégrin qu’elle soit germanique ou latine d’ailleurs, aurait aussi favorisé cette évolution.

    Le système anthroponymique français

    La révolution anthroponymique médiévale

    À partir du Moyen Âge, le système anthroponymique français débute une lente évolution qui l’amène progressivement jusqu’à sa forme actuelle.

    À partir du Xème siècle, un bouleversement se produit dans le système anthroponymique français. Progressivement se met en place le système du nom double, qui se substitue au nom unique, moyen de dénomination propre à tout le haut Moyen Age. Cette évolution correspond à une modification générale des structures de la société médiévale, en même temps qu’à des nécessités d’ordre pratique.

    Histoire des noms de famille français : De leur formation à leur disparition de Xavier Deniau, L’Harmattan, 2021.

    Afin de distinguer les individus, un surnom vient s’ajouter au nom unique. Peu à peu, le surnom se transforme en nom de famille qu’on transmet de génération en génération, tandis que le nom devient le prénom (Le patronyme: Histoire, anthropologie, société de Gianna Zei, ‎Pierre Darlu et Guy Brunet, CNRS Éditions, 2001).

    L’article Le nom de famille, une tradition presque millénaire par GEO avec l’AFP du 24/01/2022 donne des précisions sur la formation des noms de famille.

    « Aucune loi n’a édicté quoi que soit à propos des noms de famille », précise Marie-Odile Mergnac, généalogiste et historienne. Il s’agissait au départ de surnoms individuels, qui correspondent au prénom du père ou font référence à une indication géographique, un métier ou encore une caractéristique physique ou morale. Ces surnoms sont progressivement devenus héréditaires, vers les XIIe et XIIIe siècle. Le nom du père, du chef de famille, s’est imposé car « dans les villages où tout le monde était agriculteur, c’était celui qui sortait, qu’on voyait, les femmes restaient à la maison avec les enfants », explique Mme Mergnac, autrice des Noms de famille en 100 clins d’œil (Ed. Archives & Culture). Elle relève toutefois une exception : des matronymes se sont transmis en Normandie, où une femme veuve pouvait endosser le rôle de cheffe de famille et intégrer la sphère publique. La tradition de transmettre le patronyme s’est imposée dans la plupart des pays européens, qui l’ont exportée ailleurs lors de la colonisation.

    La fixation des noms de famille

    C’est finalement l’instauration de l’Etat Civil, à la Révolution, qui marque définitivement, en France, la transmission des noms de famille.

    À partir de la Révolution française, un certain nombre de dispositions législatives stoppent net cette évolution : les lois révolutionnaires concernant l’état civil, complétées par quelques dispositions ultérieures, ont pour effet de figer le système onomastique et de bloquer chaque nom dans la forme qu’il avait à ce moment, interdisant ainsi toute évolution de fait ou de droit ‒ sauf conditions draconiennes et largement dissuasives.

    Histoire des noms de famille français : De leur formation à leur disparition de Xavier Deniau, L’Harmattan, 2021.

    Pour aller plus loin…

    Vous pouvez consulter les ouvrages suivants :

    Vous pouvez également consulter en ligne les numéros de la Nouvelle revue d’onomastique publiée par la Société Française d’onomastique de 1983 à 2019.

    Enfin, nous vous conseillons le visionnage de cette courte vidéo sur l’origine des noms de famille en France.



    Youtube – D’où viennent nos noms de famille ?, Explore Media, 01/06/2023.

    EurêkoiMédiathèque de Troyes Champagne Métropole


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