Quels récits autobiographiques de femmes arabes (Égypte et Liban) datant de 1900-1950, conseilleriez-vous ?

Bibliothèque de l’Institut du monde arabe – notre réponse actualisée le 24/09/2026.

Photo de Nawal Saadawi
Nawal Saadawi

Le récit autobiographique arabe apparaît avec l’émergence, dans la deuxième moitié du 19ème siècle, du roman arabe moderne.
La bibliothèque de l’Institut du monde arabe vous propose cette première sélection – en français et anglais – de récits autobiographiques ou de mémoires de femmes arabes de la 1ère moitié du 20ème siècle.

Elles sont féministes, militantes ou femmes politiques, poètes, filles de notables, en tout cas pionnières et en avance sur leurs contemporains, tout comme d’ailleurs leurs consœurs européennes. À noter que certaines auteures n’ont pas été traduites.
L’écriture autobiographique de ces femmes permet ainsi de déconstruire l’Histoire et contester les autorités paternalistes coloniales et nationales.
Pour d’autres, l’écriture permet la reconnaissance et l’affirmation de soi à travers la question identitaire.

Récits autobiographiques de femmes d’Égypte 

Huda Shaarawi (1879-1947) – pionnière du féminisme égyptien et arabe :
Harem years the memoirs of an Egyptian feminist : 1879-1924 de Huda Shaarawi ; transl., ed. and introd. by Margot Badran, Virago, 1986.
Résumé :
Un témoignage direct sur l’univers intime d’un harem au Caire à l’époque coloniale, signé par une féministe égyptienne pionnière qui a contribué à l’émancipation d’innombrables femmes.
Dans ces mémoires captivants, Shaarawi évoque son enfance et sa jeunesse passées dans le huis clos d’un foyer égyptien de la haute société, ainsi que son mariage à l’âge de treize ans.
La séparation d’avec son mari qui s’ensuivit lui permit de poursuivre une éducation formelle approfondie et de goûter, de manière inattendue, à l’indépendance. L’engagement féministe de Shaarawi s’intensifia parallèlement à sa participation à la lutte nationaliste égyptienne ; ce parcours culmina en 1923 lorsqu’elle retira publiquement son voile dans une gare du Caire, un acte de défi audacieux.
Ce récit fascinant, consacré à une féministe véritablement hors du commun, offre aux lecteurs un aperçu d’un monde rarement dévoilé aux Occidentaux et révèle le portrait d’une femme qui refusa d’être traitée comme une propriété ou une citoyenne de seconde zone.

Nawal Saadawi (1931-2021) :
Mémoires de la prison des femmes de Nawal El Saadawi, traduit de l’arabe par Magda Wassef, éd. Le serpent à plumes, 2002.
Résumé :
Le 6 septembre 1981, à l’instar de plusieurs autres personnalités politiques et religieuses, Nawal El Saadawi est appréhendée à son domicile du Caire et emmenée à la prison des femmes à Kanater En six chapitres, l’auteur monte son arrestation, la vie en prison, les stratégies déployées pour contrecarrer les contrôles et communiquer avec l’extérieur, l’enquête, l’annonce de la mort de Sadate, la libération et la rencontre des prisonniers politiques avec le président Moubarak. Où l’on apprend enfin que l’objet officiel de ces arrestations était de mettre un tenue à la montée des sectarismes religieux et aux critiques des intellectuels et des opposants au régime de Sadate, présentés comme des complices de l’URSS. Mémoires de la prison des femmes est un document exceptionnel sur la condition des femmes et des intellectuels dans le monde arabe.

My travels around the world de Nawal El Saadawi, traduit par Shirley Eber, éd. Minerva, 1992.
Résumé :
Un assemblage des impressions et des expériences de Nawal El Saadawi, médecin de profession, qui a pu voyager dans divers pays entre les années 1950 et 1970. Ses observations revêtent un intérêt particulier, dans la mesure où les femmes arabes étaient alors fortement restreintes dans leurs déplacements.

Tahiyyat Abd al-Nasser (1923-1990) – épouse du président Gamal Abd al-Nasser :
Nasser : ma vie avec lui : mémoires d’une femme de président de Tahîa Gamâl Abd al-Nasser, texte introduit et annoté par Anne-Claire de Gayffier-Bonneville ; avant-propos de Hudâ Gamâl Abd al-Nasser, Taḥiyyaẗ, L’Harmattan, 2014.
Résumé :
Quelques années après la mort de Gamâl Abd al-Nasser, son épouse a voulu mettre par écrit les souvenirs qu’elle avait gardés de lui. Ces mémoires racontent leur vie partagée pendant trente-six années. Elles offrent également un regard neuf sur l’homme d’Etat qui dirigea l’Egypte de 1954 à 1970. C’est tout un pan très largement méconnu de Nasser, de ses relations privées, de ses traits profonds de caractère que cet ouvrage permet d’appréhender.

Didar Fawzi-Rossano (1920-2011)
Mémoires d’une militante communiste du Caire à Alger, Paris et Genève 1942-1990 : lettres aux miens de Didar Fawzy-Rossano, L’Harmattan, 1997.
Résumé :
Cette combattante ne renoncera jamais. Du Caire où elle est née jusqu’à Genève où elle réside, Didar Fawzy-Rossano aura vécu nombre des chaos du siècle, sous toutes les latitudes. Juive d’Egypte, elle a grandi dans une culture cosmopolite où l’on vibrait pour tout ce qui se passait au-delà des frontières. Elle n’a pas vingt ans lorsque éclate la seconde guerre mondiale. Ce fracas conjugué à la misère des fellahs qui s’étale sous ses yeux la conduisent à Henri Curiel, pour une rencontre décisive. Communiste, internationaliste, celui-ci jette alors, au Caire, les fondements de son action future.
A ses côtés, en Egypte puis dans l’exil, elle construira les mouvements communistes égyptien et soudanais, elle se battra pour la paix au Proche-Orient, elle aidera les colonisés à s’affranchir de leurs tuteurs, les démocrates à renverser les dictatures. Optimiste, en dépit des renoncements et des faillites de la fin du siècle, c’est du côté des femmes, du Sud comme du Nord, que Didar Fawzy-Rossano sent venir le souffle révolutionnaire.

Latifa  al-Zayyat (1923-1996) :
Perquisition carnets intimes de Latifa Zayyat, Traduit de l’arabe [égyptien] par Richard Jacquemond, Actes Sud, 1996.
Résumé :
Petite-fille d’une famille d’armateurs égyptiens, Latifa Zayyat passe son enfance dans la maison familiale de Damiette, entre Nil et Méditerranée. Son adolescence est contemporaine des premiers engagements politiques en faveur du nationalisme égyptien tandis que la femme égyptienne continue d’affirmer sa place et son rôle dans la société de l’entre-deux-guerres. Fragments de journal intime, correspondance, ébauches de créations littéraires inachevées, ces archives personnelles drôles, ironiques, parfois dramatiques, retracent un émouvant destin de femme militante et amoureuse qui, ayant par deux fois connu la prison – en 1949 et en 1981 – , jamais ne cessa de combattre pour l’indépendance politique et la justice sociale.

Récits autobiographiques de femmes de Palestine et du Liban

Sirine Husseini Shahid (1920-2008) :
Souvenirs de Jérusalem de Serene Husseini Shahid, Fayard, 2005. 
Résumé :
Par petites touches, Sirine Husseini Shahid nous brosse le portrait d’une famille palestinienne, la sienne, installée à Jérusalem depuis plusieurs siècles et contrainte en 1936 de prendre la route de l’exil pour se réfugier à Beyrouth.
Née en 1920, l’auteur passe son enfance et le début de son adolescence dans cette ville cosmopolite où différentes communautés et différentes religions se côtoient sans hostilité. Mais les souvenirs, teintés de nostalgie, de ces jours heureux n’occultent pas la montée des troubles et de la répression britannique. La résistance palestinienne des années 1930 et 1940 est décrite de façon admirable, comme un mouvement d’hommes cultivés, courageux, se battant pour empêcher l’occupation étrangère de leur pays.
Cette succession d’images intimistes, disposées sur une trame chronologique qui sert de fil conducteur à la narration, permet de prendre toute la mesure du déchirement du peuple palestinien. Mais Sirine Husseini Shahid ne se contente pas de raconter l’existence de ces classes privilégiées et cultivées qui ont subi l’exode. Elle dépeint également le sort des Palestiniens restés à Jérusalem, de ceux aussi qui, issus de milieux modestes, ont été plus douloureusement frappés que sa famille par la paupérisation et l’occupation coloniale.

Fadwa Tuqan (1917-2003) :
Mémoires de Fadwa Touqan, traduit de l’arabe par Joséphine Lama et Benoit Tadié, Langues et mondes, L’Asiathèque, 1997-1998.

Récits autobiographiques de femmes d’Oman et de Zanzibar

Mémoires d’une princesse arabe de Emily Ruete, Emily Ruete,.. ; introd. à la nouv. éd. par Colette Le Cour Grandmaison, Paris : Khartala ; Nairobi : CREDU, 1991.
Résumé :
Un témoignage unique sur la famille régnante et sur la vie à Zanzibar au XIXe siècle.

Récit autobiographique d’une femme de Turquie ottomane

Leyla Hanim (1850-1936) :
Le harem impérial et les sultanes au XIXe siècle de Leila Hanoum, Paris : Ed. Complexe, 1991.
Résumé :
Peu de réalités exotiques ont frappé l’imaginaire occidental comme le Harem impérial ottoman.
Le vain acharnement des étrangers à forcer la partie la plus secrète du Sérail n’a d’égal que l’impassibilité de la Porte qui, jusqu’au déclin final de cette institution en 1909, n’autorisa presque aucune indiscrétion.
Le Harem impérial est encore, à l’aube du XXe siècle, un sanctuaire inviolé, malgré ce que l’on a pu en déduire à partir des harems privés plus perméables et des rares confidences d’un bailli de Venise ou d’une voyageuse anglaise.
Le témoignage de Leïla Hanoum, fille du médecin du Palais et conseiller du Sultan, qui relate la vie quotidienne du Harem impérial, apparaît dès lors comme une évocation sans précédent. à la valeur du document s’ajoute l’atmosphère rendue par les anecdotes et les détails minutieusement restitués par une femme qui a vécu sous six sultans et dont l’âge n’a pas entamé la prodigieuse mémoire.
Leïla Hanoum nous fait pénétrer dans un univers jusqu’alors hermétique, qui, un siècle seulement après sa disparition, semble aussi éloigné de nous, et aussi mythique, que la cour du roi Salomon.

Récit autobiographique d’une femme de Tunisie

Maherzia Amira-Bournaz (1912-2002) : retrouvez une présentation de l’auteur sur le site Babelio.
C’était Tunis 1920, récit de vie de Maherzia Amira-Bournaz, Tunis : CERES, 1993.
Résumé :
M. Bournaz relate la vie à Tunis, son enfance et le quotidien d’une petite fille dans les années 1920, avec le recul d’une femme de 80 ans.

Retrouvez une présentation de l’auteur sur le site Babelio.

Biographie

Joyce Mansour (1928-1986) est une poétesse surréaliste d’origine égyptienne.
Joyce Mansour, une étrange demoiselle de Marie-Laure Missir, Paris : Jean-Michel Place, 2005.
Résumé :
En 1956, Joyce Mansour (1928-1986) quitte définitivement l’Égypte pour la France. À Paris, elle retrouve les surréalistes. Avec André Breton elle parcourt les puces et les galeries en quête d’objets insolites. Elle participe activement au mouvement tel qu’il se réinvente alors, apportant d’abondantes contributions aux expositions, revues et autres jeux quotidiens du groupe. Son œuvre à la fois ludique et violente, ses « histoires nocives » et ses « contes pour hommes faits », font d’elle le dernier grand poète surréaliste du XXème siècle.
Quelques clichés nous montrent cette femme élégante, d’une beauté troublante, fumant le cigare au milieu de ses splendides collections de tableaux ou d’objets océaniens. Son salon fut à Paris, comme ceux de Marie-Laure de Noailles et de Lise Deharme, un lieu de rencontre mondain pour les artistes de passage mais aussi pour la haute société parisienne. Banquiers et industriels y croisaient ses amis : Henri Michaux, André Pieyre de Mandiargues, Pierre Alechinsky.
Abondamment illustrée, s’appuyant sur les archives laissées par Joyce Mansour (correspondances et inédits) et sur les publications surréalistes, cette biographie révèle l’étonnante personnalité de
l’« étrange demoiselle ». Marie-Laure Missir suit avec passion cet itinéraire insolite tout en proposant une histoire inédite du surréalisme d’après-guerre.


Pour aller plus loin…(en français)

Femmes arabes et écritures francophones. Machrek-Maghreb, par Rabia Redouane, Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, Paris, l’Harmattan, 2014.
Extrait :
« Dans son ouvrage, Femmes arabes et écritures francophones Machrek-Maghreb, Rabia Redouane aborde une lecture croisée de récits autobiographiques d’écrivaines sur le statut de la femme dans les sociétés arabo-musulmanes où perdurent des mœurs patriarcales rigoristes et autoritaires consacrant la supériorité de l’homme sur la femme« 

Interventions autobiographiques des femmes du Maghreb : Écriture de contestation par Samira Farhoud, Francophone Cultures & Littératures, 2013.
Extrait :
« Samira Farhoud analyse dans ce livre incontournable l’importance de la contribution de l’écriture autobiographique maghrébine au développement de la littérature francophone à partir de l’oeuvre d’Assia Djebar, de Sakinna Boukhedenna, de Fatiah, de Malika Oufkir et de Fatima Mernissi.
Elle examine la complexité, l’hybridité et l’hétérogénéité du « je » autobiographique. Son étude archéologique et généalogique inédite du « je » décèle la richesse du genre autobiographique pratiqué par des auteures issues du Maghreb. Elle montre comment le « je » ramasse des traditions arabo-islamique, occidentale et cosmopolite.
(…) »


Pour aller plus loin…(en anglais)

Reading Arab women’s autobiographies Shahrazad tells her story Nawar Al-Hassan Golley, University of Texas Press, 2003.
Présentation éditeur (extrait) :
Nawar Al-Hassan Golley applies a variety of western critical theories, including Marxism, colonial discourse, feminism, and narrative theory, to the autobiographies of Huda Shaarawi, Fadwa Tuqan, Nawal el-Saadawi, and others to demonstrate what these critical methodologies can reveal about Arab women’s writing.

Assiout the saga of an Egyptian family de Hanna F. Wissa Lewes, The Book guild, 1994.
Ester Akhnoukh Fanous (Esther Fanous), connue d’Hanna Wissa (1895-1990)

Doria Shafik, Egyptian feminist a woman apart de Cynthia Nelson, Gainsville : University press of Florida, 1996.
Résumé :
Doria Shafik (1908-1975) est une militante égyptienne engagée dans le mouvement de libération des femmes d’Égypte dans les années 1940-1950. Grâce à deux magazines, La Femme Nouvelle et Bint al-Nil, elle éduque et sensibilise les femmes à leur rôle dans la société égyptienne. Icône engagée, elle œuvre tout au long de sa vie pour l’accès au droit de vote des femmes égyptiennes. Aidée par les deux filles de Doria Shafik, Aziza et Jehane, Cynthia Nelson revient dans son ouvrage publié en 1996 Doria Shafik, Egyptian Feminist, A Woman Apart sur l’histoire de cette féministe engagée par l’évocation de son parcours de vie, de ses combats politiques mais également à travers ses poèmes.

Casting off the veil : the life of Huda Shaarawi, Egypt’s first feminist  de Sania Sharawi Lanfranchi, edited by John Keith King, London : Bloomsbury, 2012.
Résumé :
Issue d’une famille égyptienne riche et influente, Huda Shaarawi était destinée à mener une vie d’oisiveté dans un cadre luxueux. Elle choisit plutôt de s’instruire et de prendre part à la lutte pour libérer l’Égypte de l’occupation britannique. Huda accéda à la notoriété du jour au lendemain lorsqu’elle mena, en 1919, une marche pacifique de femmes voilées à travers Le Caire pour obtenir la libération des dirigeants de la résistance égyptienne détenus par les forces britanniques. Elle fut ensuite invitée par les membres du bureau de l’IAWS (Alliance internationale pour le suffrage des femmes) à participer à la conférence internationale de Rome en 1923. C’est lors de cette conférence qu’elle noua des amitiés durables avec des figures féministes occidentales et internationales. À son retour au Caire, elle et ses deux compagnes de voyage retirèrent leur voile facial en descendant du train ; ce geste fut spontanément imité par toutes les autres femmes présentes, marquant ainsi un moment historique pour l’Égypte. En 1923, Huda fonda l’Union féministe égyptienne, affiliée à l’IAWS, et lança la publication d’un magazine en français.


Eurêkoi – Bibliothèque de l’Institut du monde arabe