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Les tresses berbères,
marqueur d’appartenance ethnique ?

« La chevelure est une deuxième figure »
Nicolas Perron, Femmes arabes avant et depuis l’islamisme, Paris, 1858.

Chez les Berbères, les coiffures, tout comme les vêtements et les bijoux, sont des marqueurs sociaux (d’âge, de statut marital ou non) et d’appartenance à une tribu ou une région. Même si les styles sont marqués, ils ne sont pas exempts d’influences (arabes, africaines) et de phénomènes de mode. Une histoire de la chevelure et des coiffures au Maghreb reste à écrire…

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Dans son ouvrage, Tribus berbères du Haut-Atlas, Paris, 1977, André Bertrand note que le tressage des cheveux et la coiffure de la femme mariée chez les Aït Morhad diffère de ceux de la femme mariée chez les Aït Haddidou, dans le Haut-Atlas marocain, pp. 32-34 :

« Certaines coiffures — comme celle des Aït Morrhads — sont très compliquées. La coiffure simple — nattes repliées — est refaite tous les trois jours. Mais en 1976 plus de la moitié des femmes Aït Morrhads de l’Imdrhas portaient la coiffure traditionnelle — nattes repliées et clouées sur une planchette — qu’elles gardent une quinzaine de jours sans la défaire. »

L’anthropologue Mireille Morin-Barde, spécialiste de la question, dans le chapitre, « Coiffures et parures du Maroc », Coiffures féminines du Maroc au sud du Haut- Atlas, Aix-en-Provence, pp. 17-23, précise :

« L’élément de base de toute coiffure est sans aucun doute la tresse, mais sur ce thème d’une grande simplicité, la diversité est infinie (…) Les femmes du Sud marocain (…) recourent à mille artifices pour donner à leur coiffure l’ampleur et l’abondance souhaitée, pour épaissir leurs tresses et les allonger : fils de laine ou poils de chèvre, pelotes ou coussinets sont parmi les postiches utilisés, parfois sur une ossature de bois ou de jonc enrobé de chiffons. »

Dans cet ouvrage, l’index (op. cit. pp. 171-172) renvoie à une longue liste de termes arabes et berbères relatifs à la chevelure et aux différents types de coiffures à tresses qui dévoile toute la richesse et la précision du vocabulaire en la matière. Par exemple adlal (coiffure à tresses relevées), tamnayt (tresse de derrière prise dans un macaron), tiswawin (nattes pendantes) etc. L’ouvrage comprend également de nombreuses photographies en N&B.

Dans l’ouvrage Arts et coutumes des Maures, Paris, 2002, l’ethnologue française Odette du Puigaudeau a documenté les vêtements et parures des nomades du Sahara, au cours de ses voyages dans les années 30 et 40, p. 155 :

« Le chef d’œuvre de la coquetterie saharienne, c’est cette coiffure, à la fois vannerie, tissage et broderie de cheveux, dont on n’aperçoit que le devant du diadème et les longues nattes emperlées, encadrant le visage ; (…) Les éléments essentiels de cette coiffure sont : la couronne, natte, torsade ou cheveux lisses enroulés sur une forme de fer ou de chiffon et cinq tresses retombant sur le cou (…) »

Pour aller plus loin

Le fonds Jean Besancenot

Les photographies du fonds Besancenot, conservées à l’IMA et mises en ligne sur le portail documentaire Altaïr :

Ouvrages consultables à la BIMA

    • Jean Besancenot, Costumes du Maroc, Aix-en-Provence : Edisud, 1988.
    • Ahmed Sefrioui, Maroc le Haut-Atlas et le sud, Rabat : Guibert, 1982.
    • Germaine Laoust-Chantreaux, Kabylie coté femmes la vie féminine à Ait Hichem, 1937- 1939 : notes d’ethnographie, Aix-en- Provence : Edisud et Ireman-CNRS UA 1061, 1990.
    • Mathéa Gaudry, La Femme chaouia de l’Aurès : étude de sociologie berbère, Paris : P. Geuthner , 1929.
    • Cat. exp. Splendeurs du Maroc : Musée royal de l’Afrique centrale, Paris : Plume, 1998.

Sélection d’articles en ligne

    • Mireille Morin-Barde, « Coiffure », Encyclopédie berbère, en ligne sur OpenEdition.
    • M. Morin-Barde, « Coiffure : femmes berbères, du Haut Atlas central au Sud marocain », Encyclopédie berbère, vol. 13, 1994, pp. 2042-2046.
      En ligne sur OpenEdition Journals, https://doi.org/10.4000/encyclopedieberbere.2307
    • C.-C. Chadburn, « L’apparence des guerriers berbères », Histoire Antique et Médiévale, no 70, 2013. Site Academia.edu.
    • B.-G., Mira, « La coiffure de la femme des Aurès », Babzman, 16/04/2014.
    • Corinne Fortier, « La barbe ou la tresse: des cheveux et des poils marqueurs de la différence sexuée (société maure de Mauritanie) », Poils et sang. Cahier d’anthropologie sociale, no 60, 2010, pp. 94-104. PdF en ligne sur le site de l’EHESS
    • Mireille Morin-Barde, Coiffures féminines du Maroc : Au sud du Haut-Atlas, Aix-en-Provence : Edisud, 1990. Pdf de l’ouvrage en ligne sur Numilog.

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