Histoire : Existe-t-il des essais, romans ou autres sur les statues parlantes de Rome ?

Bibliothèque publique d’information – notre réponse du 25/11/2021.

visage de statue dans un pré
Figurine de visage d’homme marron © Magda Ehlers / Pexels

Rappel historique

On compte, à Rome, 6 statues parlantes :
Le Pasquino, copie d’un groupe héllènistique de Pergame, représentant Ménélas et Patrocle, à l’angle de la Via del Pasquino et de la Via San Pantaleo, tout proche de la piazza Navona
– Marforio, personnage de la Rome impériale, allongé sur un triclinium, dans la cour devant l’entrée des Musées du Capitole
 Madame Lucrezia, buste de la fille de Nicolò d’Alagno, Sénateur de Rome en 1428, à l’angle de l’église S. Marco à Palazzo Venezia
– Facchino, buste masculin qui tient dans ses mains un tonneau d’où coule un filet, via Lata
 Babuino, statue de Silène, via del Babuino
– Scanderberg, prince albanais Georges Castriota Scanderberg (transformé en Scannabecchi par les Romains) sur la façade de son palais, dans la ruelle Scannabecchi.
Les « pasquinats » ont été momentanément interrompus à la suite de l’annexion de Rome au nouveau royaume d’Italie ; néanmoins la statue qui parle fait toujours partie de la tradition des Romains, qui se plaisent à rédiger des satires en vers ou en prose à l’encontre des politiciens et des dirigeants.
Source :
Rome ou la pierre irrévérencieuse 
par Karine Gauthey, lepetitjournal.com, le 03/01/2019.


Sélection d’articles sur les statues parlantes

The Talking Statues of Rome – Roma sur le blog de Roberto Piperno.
Extrait :
« Dans la première moitié du XVe siècle, les papes ont acquis une autorité directe sur le gouvernement de Rome et ils ont assumé le double rôle de chefs spirituels et civils. Ce double rôle a été formalisé plus tard dans la phrase In Nome del Papa Re (au nom du Pape Roi). Dans son rôle de roi, le pape a été exposé à la critique et cela a été rapidement exprimé par les Romains à travers de très courtes compositions en vers ridiculisant ou blâmant autrement le comportement des papes. »

Rome Statue parlante Pasquino – Paris Autrement
Extrait :
« A deux pas de la Piazza Navona, se trouve une “statue parlante”. On appelle « statues parlantes » ces sculptures anthropomorphes en pierre dont le peuple romain se servait pour y placarder des satires clandestines, de préférence contre le gouvernement et ses représentants.
Ce morceau de marbre est tout ce qui reste d’un groupe hellénistique représentant probablement un épisode de l’Illiade où Ménélas tente de protéger Patrocle blessé sous les murs de Troie. Il servit pendant des années de perron dans une rue boueuse jusqu’à ce que le cardinal Oliviero Carafa le dresse à son emplacement actuel, au dos de son palais et à côté de la boutique d’un cordonnier à la langue bien pendue dénommé Pasquin.
Les souverains pontifes décourageaient la liberté de parole à Rome et l’artisan rédigea des couplets satiriques qu’il accrocha à la statue, qui finit par prendre son nom. »


Statue de la Fontana Babuino à Rome
Statue de la Fontana Babuino à Rome © bellena / DepositPhotos

Pour en savoir plus…

Essais

Faire parler et faire taire les statues : de l’invention de l’écriture à l’usage de l’explosif
Caroline Michel D’Annoville, École française de Rome, 2016.
Résumé :
« Des contributions sur l’importance de l’image statutaire dans les expressions revendicatives, voire les contestations violentes, à travers l’histoire, avec un focus particulier sur la statue parlante de Pasquino, sur la place Navone à Rome. Les auteurs montrent la puissance symbolique des statues, en particulier dans l’Antiquité, qui peut mener à leur destruction ou leur mutilation. »  ©Electre 2017
Agrégée d’histoire, ancienne membre de l’École française de Rome, Caroline Michel d’Annoville est professeur d’archéologie de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge à l’université Paris IV – Sorbonne.
Introduction disponible en ligne.

Des traces invisibles : quand les sources parlent des pas et des mouvements dans la ville (Italie, fin du Moyen Âge) par Élisabeth Crouzet-Pavan (p. 231-251)
Extrait :
« Dans les lieux les plus tôt et les mieux investis par le pouvoir, une tentative explicite de réappropriation de la part de certains acteurs sociaux pouvait en effet être conduite. Je mobilise pour le démontrer une source particulièrement diffuse dans l’espace politique italien du second xve siècle : le vaste corpus des satires et des pasquinades. De tels textes pamphlétaires sont attestés dans toutes les villes du Nord et du Centre : Gênes ou Forli, Pérouse, Bologne, Ferrare, Bologne et Florence, Rome bien sûr…»

La queue de l’âne. Dérision du politique et violence en Italie dans la seconde moitié du xve siècle par R. Villard, dans É. Crouzet-Pavan, J. Verger (éd.), La dérision au Moyen Âge. De la pratique sociale au rituel politique, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2007.


Anthologie en langue italienne :

[TRAD] : Pasquino : cinq cents pasquinades
Choisis et annotés par Renato et Fernando Silenzi, avec une reconstitution historique des faits.
Document disponible à GRENOBLE-BU Droit/LettresPARIS3-BU
Lien vers d’autres références sur les pasquinades.
Le SUDOC, Système universitaire de documentation est le catalogue collectif des bibliothèques universitaires.


Découvrir les statues parlantes en vidéo

Les six statues parlantes de Rome. La voix des romains par Mirta (Titulaire d’un Master2 en Histoire de l’Art et Muséologie), guide conférencière à Rome et au Vatican, chaîne YouTube Rome is Wow, mise en ligne le 03/06/2021.

 Chaîne YouTube Rome is Wow
Mis en ligne le 03/06/2021

Présentation :
« Suivez-moi dans une promenade dans le centre-ville de Rome sur les pas des six statues parlantes de Rome. Depuis les années 1500, les citoyens romains avaient l’habitude d’attacher des notes à la base de certaines statues pour montrer leur désaccord avec l’administration.
Paquino, Abbé Louis, Marforio, Madame Lucrezia, le Babouin, le Facchino sont les noms donnés aux sculptures qui devinrent la voix des Romains.
Dans cette vidéo, je vous emmène dans les rues étroites et les petites places de Rome, principalement dans le quartier Campus Martius. Cela pourrait être une visite amusante de Rome, et j’espère que vous l’aimerez ! »


Eurêkoi – Bibliothèque publique d’information